Métapolis, F.Ascher
Ascher F. (1995), Métapolis, ou l’avenir des villes, Odile Jacob, Paris, p.346
Le livre d'Ascher est souvent associé au thème de la métropolisation. On le retrouve par exemple cité dans le chapitre Métropolisation du dictionnaire Lévy & Lussaut. Si il est vrai que'Ascher introduit dans son ouvrage le concept de Métapolist et de ses processus de développement. Mais ce n'est pas le thème central du livre. Les espaces métapolitains d'Ascher sont très prôche des définitions classique des métropole ou des villes global. L'auteur met l'accent sur la discontinuitée spatiale, d'où l'idée de métastase, d'espace fonctionelle, bref rien de très nouveau. La métapolis est un livre traitant des politiques d'aménagement. La métapole est le fils rouge du livre, mais ce concept ne permet pas d'assurer une cohérance à l'ouvrage. Comme le processus contemporain d'urbanisation, la démonstration d'ascher semble discontinue. La découpe en chapitre et sous-chapitre renforce cette vision mais qui ne gache pas à sa qualité. Voici les parties qui m'ont le plus interréssé.
p.83-89
Taylor, Ford, Keynes... et Le Corbusier
Étant donné notre objet, les villes et l'urbanisme, on pourrait aussi dans une certaine mesure qualifier cette période de «taylo-fordo-keynésio-corbusienne», tant Le Corbusier, à sa manière,a symbolisé dans cette période le courant dit de l'urbanisme moderne. Certes il n'a pas conçu lui-même beaucoup de villes et bien d'autres architectes-urbanistes ont porté le mouvement moderne des années vingt aux années soixante-dix. Mais par l'importance de ses écrits, par ses formules, par le systématisme de sa démarche, par le rôle qu'il a joué dans les CIAM, par les réactions qu’il a provoquées, il symbolise mieux que tout autre les thèses «fonctionnalistes » de cette époque.
De fait, Le Corbusier avait lu très tôt Taylor, avait visité les usines Ford et avait sur le rôle des pouvoirs publics des conceptions tout à fait compatibles avec celles de Keynes. Ce sont là des dimensions de la cohérence du cycle que nous avons évoquée précédemment.
Comme Taylor, Le Corbusier, qui le cite en permanence, est obsédé par le désordre, la perte de temps, les détours ; dans la ville moderne comme dans l'usine taylorisée, il n'est pas question de flâner en dehors des endroits réservés chacuns à une «fonction». Il faut rationaliser, simplifier, mesurer, organiser scientifiquement. En lisant la Charte d'Athènes, on croit parfois lire une transposition quasi directe des thèses de Taylor à l’urbanisme. Qu'on en juge.
Le thème du désordre et des mouvements incontrôlés : « Le chaos est entré dans les villes... Les lieux de travail ne sont plus implantés rationnellement dans le complexe urbain : industrie, artisans, affaires, administration, commerce... La rupture avec l'ancienne organisation du travail acréé un désordre indicible et posé un problème auquel ne furent apportées jusqu'à présent que des solutions bâclées. Le plus grand mal de l'époque actuelle en est issu : le nomadisme des populations ouvrières...»
La thèse de l'inadaptation des structures anciennes : « La liaison entre l'habitation et les lieux de travail n'est plus normale ; elle impose des parcours démesurés... En face des vitesses mécaniques, le réseau des rues apparaît irrationnel... Des tracés d'ordre somptuaire, poursuivant des buts représentatifs,ont pu ou peuvent constituer de lourdes entraves à la circulation... »
Le principe de l'organisation scientifique : « Des analyses utiles doivent être faites sur des statistiques rigoureuses, de l'ensemble de la circulation dans la ville et sa région, travail qui révélera les lits de circulation et la qualité de leurs débits...Les voies de circulation doivent être classées selon leur nature et construites en fonction des véhicules et "de leurs vitesses…Les rues doivent être différenciées selon leurs destinations : rue d'habitation, rue de promenade, rues de transit, voies maîtresses...» -
Les méthodes de simplification et de spécialisation : « Les clefs de l'urbanisme sont dans les quatre fonctions : habiter,travailler, se recréer (dans les heures libres), circuler... Le cycle des fonctions quotidiennes... sera réglé, par l'urbanisme,dans l'économie de temps la plus stricte, l'habitation étant considérée comme le centre même des préoccupations urbanistiques et le point d'attache de toutes les mesures... Le zonage,
en tenant compte des fonctions clefs... mettra de l'ordre dans le territoire urbain... »
Les outils d'administration et de gestion : « La ville prendra le caractère d'une entreprise étudiée à l'avance et soumise à la rigueur d'un plan général... la ville ne sera plus le résultat désordonné d'initiatives accidentelles... Le hasard cédera devant la prévision, le programme succédera à l'improvisation... L'ère machiniste a introduit de nouvelles techniques qui sont une des causes du désordre et du bouleversement des villes. C'est pourtant à elles qu'il faut demander la solution du problème..»
On lit aussi Ford dans les textes de Le Corbusier, qui, très explicitement, se propose d'en appliquer les principes à l'habitat et à l'urbanisme : « La grande série doit s'occuper du bâtiment et établir en série les éléments de la maison. Il faut créer l'état d'esprit de la série : t'état d'esprit de construire des maisons en série, l'état d'esprit d'habiter des maisons en série, l'état d'esprit de concevoir des maisons en série». « II faut tendre
à rétablissement du standard pour affronter le problème de la perfection». « Je sors des usines Ford à Détroit. Architecte,je suis plongé dans une sorte de stupeur... D'un côté (le chantier de bâtiment) la barbarie, de l'autre - ici chez Ford – les temps modernes... 'Chez. Ford, tout est collaboration, unité de vues, une de but, convergence parfaite de la totalité des gestes et des pensées... L'expérience de Ford, répétée en mille activités du monde moderne, dans l'industrieuse production, nous donne sa leçon»
Une autre dimension de l'intérêt de Le Corbusier pour Ford tient aussi à sa fascination pour l'automobile elle-même, qui sera pour lui la référence moderne par excellence.
Le Corbusier ne cite jamais Keynes, mais sa conception des rapports entre les intérêts privés, l'intérêt collectif et les pouvoirs publics s'inscrit parfaitement dans l'approche keynésienne. Keynes a exprimé le passage d'une économie régulée principalement par la concurrence et les crises, à une économie
capitaliste régulée par des interventions étatiques, dans laquelle la stimulation de la demande permet à la fois de limiter les inégalités sociales et d'assurer le plein-emploi. Le Corbusier se prononcera aussi à de multiples reprises pour des interventions publiques : «... la violence des intérêts privés, est-il écrit dans la Charte a'Athènes, provoque une rupture d'équilibre
désastreuse entre la poussée des forces économiques d'une part, la faiblesse du contrôle administratif et l'impuissante solidarité sociale d'autre part... l'intérêt privé sera subordonné à l'intérêt collectif.»
p.160-162
L'écartèlement du national entré le global et le local
Cet écaitèlement est d'abord celui des bases économiques de la nation ; d'un côté la globalisation inscrit le pays dans des logiques économiques supranationales ; de l'autre les métropoles s'autonomisent par rapport aux territoires qui les environnent et intègrent les activités dans leur espace métapolitain. Les possibilités de définir des politiques économiques nationales autonomes se réduisent comme peaux de chagrin, ainsi qu'en témoignent les questions contemporaines des taux d'intérêt ou du GATT. Une partie des compétences économique nationales est d'ailleurs explicitement transférée aux instance européennes.
Mais d'autres attributs de la nation se voient aussi progressivement attirés soit par le local, soit par l'européen. D'un côté l'État se décentralise, se dessaisissant de bon nombre de ses compétences ; de l'autre, il transfère une partie des compétences qui lui restent au niveau européen, y compris dans le domaine législatif. Ainsi dans de nombreux domaines, le droit communautaire européen prime déjà sur le droit national15. Par ailleurs, l'État est de plus en plus souvent « court-circuité » par les collectivités territoriales qui accèdent directement aux échelons européens : les maires de grandes villes et les présidents de conseils régionaux en particulier passent un temps considérable à Bruxelles et à Strasbourg, voire y ont des représentations officielles et y appointent des « lobbyistes ». Réciproquement les instances européennes interviennent de plus en plus directement, non seulement dans les politiques régionales, mais aussi par toutes sortes de programmes dont peuvent bénéficier des acteurs publics et privés sans passer par l'État. À cela s'ajoutent la mise en place récente du Conseil européen des Régions et l'organisation directe à l'échelle européenne, sans échelon nationaux, d'associations de villes ou d'acteurs socio-professionnels.
Ce démantèlement partiel de la nation, et l'attraction d'une partie de ses attributs aux niveaux internationaux et locaux-régionaux, ont évidemment des répercussions sur ce que nous avons qualifié de modalités localisées de la citoyenneté.
Tout d'abord, il sera de plus en plus difficile de réserver aux nationaux l'exercice des droits locaux. Comment légitimer en effet qu'un étranger membre de l'Union européenne ne puisse exercer ses droits là où il habite, alors qu'en tant qu'Européen,il participe à la fixation d'une partie croissante des règles qui s'imposent aux collectivités locales ? Juridiquement cela s'argumente, mais sociopolitiquement c'est plus difficile, à moins de légitimer un certain ostracisme.
Ensuite, il devient possible à des collectivités territoriales de sortir - en partie - du cadre national, en émargeant directement à des budgets européens, voire en participant à des instances de l’Union européenne. Peu à peu aussi, les régions pourraient avoir des «rattachements » simultanés multiples, non seulement à une fédération de plusieurs régions françaises (prévue déjà par la loi de janvier 1992 dite ATR, pour « administration territoriale et régionale »), mais à des regroupements régionaux supranationaux (« l'Arc atlantique », par exemple. Sous des modalités diverses, il pourrait en être de même avec des ville d'une ou plusieurs"régions.
p.193-195
Comment être équitable :de l'intérêt général « substantiel » à l’intérêt général «procédural »
Le général Eisenhower avait coutume d'affirmer : « le plan n'est rien ; tout est dans la planification ». Sous une forme plus élaborée, Herbert Simon a introduit en économie la distinction entre la rationalité « substantive » ou «substantielle »,et la rationalité « procédurale ». Dans la première, c'est l'objet de la décision qui importe, c'est-à-dire « quoi » choisir parmi un ensemble d'alternatives possibles, la décision obéissant elle-même à une axiomatique relativement simple. La rationalité procédurale correspond quant à elle à une logique des choix où la décision ne peut être analysée et interprétée en dehors des règles suivies par les agents pour parvenir à cette décision. Autrement dit, la décision ici, dépend moins de son objet que des procédures qui y conduisent : la question est moins que choisir que «comment» choisir. C'est cette même conception du «procédural», que l'on retrouve au cœur de la réflexion du philosophe John Rawls. Celui-ci considère qu'il ne peut exister de décision juste en tant que telle et propose donc de fonder la justice sur une «procédure » juste, une manière d'agir qui engendre des décisions équitables parce que considérées telles par tous. Il accorde ainsi une priorité au juste sur le bien.
Cette réflexion peut être étendue à la définition de l'intérêt général : celui-ci ne réside pas dans le fait qu'il est substantiellement général, mais que le processus qui l'a défini est considéré comme engendrant ou représentant un intérêt général. C'est une approche voisine que reprend Michel Crozier lorsqu'il écrit : «Il ne s'agit plus de faire prévaloir l'intérêt général, mais
de faire émerger un consensus suffisant autour d'une vision acceptable de l'intérêt général par ceux qui auront à le mettre en œuvre dans leurs décisions. Ce qui implique de se centrer non plus sur la décision, mais sur les processus de son élaboration, sur sa mise en œuvre et sur les résultats qu'elle
obtient.» Toutefois, la notion de consensus est ambiguë. Celle de compromis est peut-être plus réaliste et risque moins de laisser entendre que la concertation et la communication sont capables de gommer toutes les oppositions, voire de résoudre les contradictions.
Cette définition plus procédurale que substantielle de l'intérêt général nous semble susceptible d'aider à dégager une légitimité nouvelle pour les actions publiques, à fabriquer de la citadinité,voire de la citoyenneté. De fait, elle est déjà à l'œuvre dans certaines circonstances. Pour l'illustrer, nous pouvons prendre l'exemple très concret du schéma directeur de l'agglomération de Lyon. Bien que cette agglomération soit une des rares en France à être gérée par une communauté urbaine, le schéma directeur qu'elle a récemment adopté peut paraître bien vague. Sa « substance » est constituée par des principes généraux de
développement, une présentation plutôt imprécise pour laisser des marges d'évolution, et un emballage de marketing urbain qui vise à promouvoir Lyon dans la concurrence européenne. On ne trouve trace dans ce document ni d'évaluation précise
sur les besoins existants ou prévisibles, ni de programme un tant soit peu chiffré et daté sur les réalisations à effectuer. Mais le « procédural » dans ce schéma directeur a été beaucoup plus important que le « substantiel ». En effet, sa conception et son approbation ont été l'occasion d'un très vaste débat, de conflits multiples aussi, mais qui ont favorisé une prise de conscience d'intérêts collectifs dépassant la simple addition des intérêts particuliers communaux. Les acteurs sociaux, économiques et politiques de l'agglomération lyonnaise se sont ainsi dotés collectivement d'un projet, ce qui est peut-être plus riche de conséquences que si la communauté urbaine avait seule, avec se experts, décidé un projet plus détaillé pour l'agglomération.
Il faut probablement introduire plus de « procédural », non seulement dans les pratiques car il y en a déjà un peu, mais aussi dans les institutions et les règles juridiques. Il pourrait ainsi être possible de combler en partie l'absence d'institutions métapolitaines légitimes par la multiplication de « procédures » au sens évoqué précédemment. De ce point de vue, on ne peut que souligner la pauvreté des formules françaises d'enquête publique, la faiblesse des pratiques de conciliation, le peu d'intérêt pour les solutions de compromis et le poids écrasant des procédures majoritaires. Il s'agit d'un cercle vicieux, car ce contexte ne favorise pas une démocratie plus participative et plus consultative ; mais en retour l'absence d'une mobilisation continue des habitants (en dehors des actions d'opposition, à caractère défensif) conforte une démocratie presque exclusivement représentative et « substantialiste ».
Un peu plus de procédural pourrait faire du bien à la démocratie urbaine et contribuer à l'émergence d'une gouvernance métapolitaine. Pour autant, le procédural, pas plus que le compromis ou le consensus, ne sont des recettes miracles.
p.206-209
Le chaos urbain créateur et productif
Le thème du chaos architectural et urbain a son origine, d'une certaine façon, dans le courant architectural postmoderme. Celui-ci, assez éloigné malgré son appellation des analyses de Jean-François Lyotard, est né à la fin des années soixante et au début des années soixante-dix de deux ouvrages dans lesquels Robert Venturi critiquait le fonctionnalisme en architecture et son esthétique simplificatrice, leur opposant de façon provocatrice l'esthétique et la fonctionnalité des restaurants fast food, des stations-service, des néons et des publicités routières californiennes . En cela il voulait notamment souligner la richesse en significations de cette architecture comparativement à celle de
l'architecture moderne. Nul doute qu'au-delà de ce qu'il a suscité dans la production architecturale et dans les discours sur l'architecture, ce « postmodemisme » rend compte des faveurs esthétiques et sociales de certains milieux architecturaux pour une ville « désordonnée » et « bricolée» à la manière des banlieues californiennes. '
Dans les années quatre-vingt, ces images ont été complétées par des images nouvelles venues du Japon. Un observateur occidental ne pouvait en effet qu'être fasciné par la ville japonaise contemporaine, économiquement particulièrement performante dans le monde moderne, et pourtant apparemment complètement désordonnée, chaotique, à l'opposé des canons urbanistiques de la modernité. Certains Japonais se sont prêtés à cette vision occidentale, en reprenant le discours sur le chaos urbain et ses performances. Ainsi l'architecte Kazuo Shinohara n'a pas hésité à affirmer qu'il n'existait au Japon aucune possibilité de rassembler les différents ordres qui gèrent la ville et que la haute technologie allait de pair avec l'anarchie progressive. Cette valorisation esthétique du chaos s'est par la suite doublée d'une valorisation fonctionnelle, le désordre, ou plutôt l'ordre spontané, étant présenté comme plus performant que l'ordre planificateur et urbanistique. Ces approches ont utilisé abondamment les notions de fluctuations, d'auto-organisation, de chaos, de fractales,...,mais l’usage métaphorique qui en a été fait n'a pas grand-chose à voir avec les thèses de Prigogine, Lorentz, Mandelbrot ou Ruelle n ; elles ont cependant renouvelé les images utilisées classiquement par les libéraux : notamment la main invisible d'Adam Smith, qui fait correspondre les productions et les consommations, ou la ruche de Mandeville, dans laquelle le bien commun résulte de l'égoïsme de chaque abeille.
Y. Ashihara, qui a aussi développé la thèse du chaos urbain,a bien montré que ce chaos était en fait un « ordre caché », en particulier au regard des architectes et des urbanistes occidentaux. Le sentiment de désordre qu'éprouvent ceux-ci devant la ville japonaise, viendrait en effet d'abord d'une différence radicale dans la conception des espaces : en Occident, la conception de l'espace, des maisons comme des villes, se fait par soustraction suivant un mouvement centripète : on commence par concevoir les contours extérieurs d'un ensemble,et on le traite ensuite partie par partie. La démarcation entre un bâtiment et son voisin, ou entre la ville et la campagne, est par tradition, parfaitement claire. Au Japon, on procède de façon inverse : il existe une conception qui ordonne l'espace à partir de l'intérieur, dans un mouvement centrifuge, c'est-à-dire par addition. L'architecture et la ville se constituent par parties. La prolifération de ces parties dessine, d'une manière divergente,la forme générale. Cette forme, qui est instable et mal définie,se renouvelle très vite. Mais ce renouvellement n'est pas hasardeux ; il est selon Ashihara « chaotique au sens physique du terme ». Chaque élément de la structure totale tolère une certaine souplesse pour répondre aux changements de l'environnement Tokyo est en perpétuelle restructuration de ses parties et passe donc très librement d'une forme à l'autre. Chaque édifice participe à la totalité de la ville, mais cette totalité appartient à un ordre supérieur. Tokyo est un corps organique disponible,ouvert aux métamorphoses et aux développements, allant jusqu'à omettre les éléments inutiles.
Le succès de cette image de la ville japonaise auprès des architectes a des raisons variées. Outre les explications circonstancielles, comme la vague idéologique libérale, commode pour certains concepteurs qui peuvent légitimer ainsi la non-prise en compte de l’échelle urbaine et du contexte dans lequel ils réalisent leur œuvre, il y a une fascination quasi originelle des architectes pour les labyrinthes et la complexité. Il y a aussi une certaine parenté entre ^in- apparence chaotique et les réalisations des architectes que la critique a, plus ou moins légitimement, regroupés sous l'appellation de «déconstructivistes» : ceux-ci développent une architecture qui tente également de « partir de l’intérieur»,et dont l'apparence externe est assez chaotique, un peu comme «l'envers du tapis». De fait l'apparence de cette architecture n'est pas sans rappeler les formes de la nouvelle géométrie « fractale », qui donne des images de volumes anguleux, non lisses, disloqués,tordus, enchevêtrés.
Mais cet ordre caché est aussi, au-delà des spécificités dans les rapports à l’espace mises en évidence par Ashihara ou Augustin Berque, inspiré par des politiques urbaines très structurées des programmes d'investissements publics massifs. Une forme de planification et d'intervention publique vient ainsi
renforcer les rationalités communes qui donnent leur cohérence aux initiatives individuelles. En cela l'urbanisme japonais n'est peut-être pas si loin de l'urbanisme libéral remis à l'ordre du jour en Occident par le regain du libéralisme économique aucours des années quatre-vingt.
p.209-210
La planification conduite par le marché
Le regain du libéralisme dans le domaine de l'urbanisme est symbolisé par les réformes et la politique menées par le gouvernement de Mrs Thatcher à partir du début des aimées quatre-vingt. Mais si les principes libéraux ont été mis en œuvre au Royaume-Uni de façon systématique, c'est d'abord l'État qui a été utilisé pour briser des structures locales généralement interventionnistes. Mettant en cause une tradition très forte de «town-planning», les réformes du gouvernement conservateur britannique ont promu une conception de « market lead planning » : c'est le marché qui choisit, qui décide de la croissance et des mutations urbaines ; les pouvoirs publics suivent le marché, l'aident,confortent ses choix, éventuellement aussi en corrigent les excès ou en complètent les insuffisances. Le bilan de cette politique britannique est sujet à controverses. Il est probable qu'elle a obligé les pouvoirs locaux à mettre en cause leurs certitudes et à sortir de leurs routines, dégageant ainsi des sources nouvelles d'efficacité. Mais à l'inverse, elle a aussi mis en évidence l'impossibilité d'appliquer systématiquement aux grandes villes européennes une approche libérale. L'opération des Docklands à Londres, par exemple, rappelle à ceux qui auraient eu tendance à l'oublier, que la conception et,le financement privés de grandes infrastructures urbaines de transports collectifs sont très difficiles et très rares, surtout en Europe. L'échec actuel de cette opération, qui se voulait emblématique, a évidemment aussi une dimension symbolique ; mais généralement, le laisser-faire qu'avait essayé de promouvoir le gouvernement conservateur a été battu en brèche par les « développeurs » privés eux-mêmes, qui ont réclamé et obtenu en 1991 le renforcement législatif de la planification urbaine et l'instauration de règles urbaines plus strictes, et donc plus sûres pour garantir leurs investissements. Cette nouvelle législation montre les limites du libéralisa» en madère urbaine et illustre d'une certaine manière que « c'est le marché qui opprime et le plan qui libère... ».
La vague libérale de remise en cause de la planification urbaine a touché de nombreux pays 20, dont la France, où les documents de planification urbaine élaborés dans les aimées soixante-dix se sont trouvés vite obsolètes dans les années quatre-vingt : en raison de la crise économique, certes, mais aussi des approches nouvelles des élus locaux qui venaient d'hériter des compétences urbanistiques, de la concurrence entre les villes, de la valorisation sociale nouvelle des dynamiques entrepreneuriales, de l'aggiomamento idéologique du parti socialiste, de la crise des pays communistes planificateurs, etc.
Dans ce contexte, les documents de planification et d’urbanisme sont apparus à de nombreux maires comme de lourds carcans, susceptibles de brider leurs initiatives pour attirer les créateurs d'emplois et les investisseurs immobiliers, et d'un coût électoral sans commune mesure avec les nécessités d'une régulation collective. À cela s'ajoutait une crise du financement public qui, de toutes les façons, faisait dépendre très largement la réalité et l'efficacité des choix publics de la possibilité d'y associer des « partenaires privés », et donc de logiques assez éloignées de celles qui avaient présidé à l’élaboration des précédents documents d'urbanisme.
Mais dès la fin des années quatre-vingt, les dysfonctionnements liés au boom immobilier urbain et à F accentuation des phénomènes d'exclusion remirent progressivement à l'ordre du jour la nécessité d'une planification urbaine plus volontaire. La crise de l'immobilier mit en évidence, peu après, les difficultés
et les limites du partenariat public-privé ; enfin les difficultés voire l'échec financier de plusieurs grandes opérations urbaines emblématiques des performances du privé contribuèrent à réhabiliter progressivement l'intervention des pouvoirs publics dans la planification et l'aménagement urbain.
p.211-213
La métapole système complexe,et le management public urbain
Confrontés à une difficulté plus grande de maîtriser le développement et les changements urbains, les urbanistes et les responsables politiques qui souhaitent maintenir une planification urbaine ont le choix entre renforcer les instruments classiques de contrôle et d'intervention des pouvoirs publics, ou changer la conception même de l'intervention publique.
La première solution a le mérite d'utiliser des techniques éprouvées : zonages plus précis, contrôles plus rigoureux des droits de construire, systèmes de récupération des plus-values foncières et immobilières, expropriation, financements publics,etc. Le risque est que ces dispositifs aient une efficacité limitée parce qu'ils ne sont pas adaptés au contexte métapolitain, voire qu'ils engendrent des effets pervers en renforçai un système d'action dépassé dans ses principes et ses modalités.
L'autre solution, explorée par les urbanistes et les responsables politiques, met en cause le principe même de « maîtrise » de la ville. Considérant les métropoles comme des systèmes complexes déterminés en partie par des phénomènes externes,cette démarche nouvelle part du principe qu'il est impossible pour les responsables publics de prétendre à une domination totale des phénomènes urbains, mais qu'il est envisageable de «guider» des transformations, de « réguler » des fonctionnements. Cette approche est confortée par le contexte économique et urbain contemporain, qui incite moins souvent à interdire (ce qui, selon Prost, était l'essence de l'urbanisme), et beaucoup plus souvent à attirer, à convaincre, à séduire... Cette orientation renouvelée de l'urbanisme puise alors bon nombre de ses références dans les développements récents des sciences de la gestion, de l'information et de la décision, donnant naissance à une ébauche de « management public urbain».
Considérer la ville comme complexe, et pas seulement comme compliquée, postule qu'elle fonctionne sur la base de
logiques et de rationalités multiples éventuellement contradictoires ; qu'elle forme un système ouvert ; que ses équilibres sont instables ; que des variations mineures peuvent engendrer des changements considérables ; que les évolutions sont généralement irréversibles. Les métapoles, comme le contexte dans lequel elles se développent, se caractérisent donc par une très grande incertitude. Face à cette incertitude, la planification urbaine ne peut plus être linéaire et séquentielle, mécaniste et balistique; autrement dit, elle ne peut plus prétendre être prévisionnelle, programmatique, systématique, impérative. Elle doit se construire sur la base d'une rationalité limitée en univers incertain. Pour orienter, encadrer, réguler, gérer, la planification et plus généralement l'urbanisme, au sens large dans lequel nous utilisons ce mot, doivent mettre en œuvre des instruments qui admettent les fluctuations, la créativité, l'incertitude, la contradiction, l'ambiguïté, le flou27. L'urbanisme doit en quelque sorte passer de la « planification stratégique » au« management stratégique ».
Mais en contrepartie, pour que ce management ne se transforme pas en un empirisme complet, antithétique de l'urbanisme, le projet « essentiel » doit, quant à lui, être encore plus que dans la planification traditionnelle, formalisé, explicite, durable, totalement accepté et approprié par tous les intervenants ; les stratégies doivent être plus procédurales, c'est-à-dire porter sur des manières de problématiser et des schémas d'actions, et non sur des choix particuliers (« substantiels »). À ces conditions les « managers urbains » peuvent disposer des degrés de liberté nécessaires pour construire les choix tactiques qui
s'avéreront utiles ; et des acteurs aux rationalités variées et aux intérêts différents peuvent contribuer chacun à leur manière à la réalisation du projet.
Cette nouvelle approche de la gestion urbaine perturbe les chronologies classiques de l'urbanisme qui vont de l'analyse à l’action, en passant successivement par l'identification des besoins, la définition d* objectifs, le choix de solutions, la programmation de moyens, la mise en œuvre des décisions. Le nouvel urbanisme donne une importance plus grande aux itérations, aux rétroactions, aux démarches heuristiques, au travail du projet comme mode de connaissance, à la production de consensus et de compromis comme gages d'efficacité.
Cet urbanisme, s'il inspire très largement des nouvelles approches de gestion des entreprises, ne peut pour autant transférer purement et simplement le modèle de l'entreprise au management public urbain. Certes, les grandes villes ont de plus
en plus de traits communs avec les grandes entreprises : elles dépendent pour leur développement des mêmes facteurs économiques ; elles sont confrontées à une concurrence internationale ; elles gèrent des services, des « activités de production » et des personnels nombreux ; leurs responsables s'identifient
souvent à des managers. Mais la rationalité publique est différente de la rationalité privée ; l'élu n'est pas le propriétaire d'une ville ; sa maîtrise des activités est bien plus faible encore que celle d'un entrepreneur ; le projet, qui doit être le fondement du management urbain, ne se construit pas sur le principe
du profit économique ; à cela s'ajoute qu'une grande ville ne forme qu'une partie d'une métapole et que celle-ci ne constitue généralement pas un seul « acteur » ou une seule « organisation ».
p.223
« Il faut, autant que possible, gérer le contexte dans lequel agissent les acteurs plutôt qu’essayer de faire agir directement les acteurs »
Classification des interventions urbaines en deux axes :
-Axe Y : Progressiste / Culturaliste définie par F.Choay
-Axe X : Encadrement / Anticipation
Encadrement : gérer la ville par fragment, discontinuité, accompagné le développement.
Anticipation : gérer la vile volontairement par morceaux homogènes

En découle différent modèle
-Modèle Anticipation culturaliste : utilisé la composition urbaine pour faire rentré la ville contemporaine dans le cadre de la ville classique, R. Boffell
-Modèle Encadreur-culturaliste : courant typo-morphologique, qui inscrit l’intervention urbaine dans les type existants afin de maintenir une homogénéité et une continuité, G. Grassi
-Modèle encadreur progressiste : accompagne le développement de la périphérie et il est plus encadreur pour les parties centrales, Ren Koollass.
Six type d’urbanismes pp.234-242
-Typo-morphologique et plan d’urbanisme « qualitatif »
Dans les quartiers anciens, il s’agit de gérer les transformations sans changer l’atmosphère, voir en la renforçant. Cette approche typo-morphologique se base sur des plans et des règlements très fin. Les droits d’usages des parcelles, mais aussi les volumes et l’aspect des îlot et des bâtiments est réglementé afin de produire ou reproduire un « style urbain ». Aussi à Lyon, le POS a définie des « silhouette » spécifique a chaque quartier. C’est conception nostalgique de la ville, qui met en avant la continuité historique. Mais elle nécessite souvent des valeurs foncières potentielles assez élevées pour rendre les contraintes acceptables par les propriétaires et les promoteurs.
-Programmes d’infrastructures et composition urbaine
Instruments classiques de la programmation des grands équipements, avec des études d’implantation et réservations foncières. Utilisé dans le cas des banlieues en cours d’urbanisation qui nécessite des infrastructures de transport et des équipement structurants. Les « axes », grands, majeurs ou structurant, permettent d’implanter simultanément une infrastructure de transport, édicter un principe de « rangement » des constructions et des activités, d’articuler les quartiers. Mais le geste de l’architecte démiurge, prétendant imposer une forme géométrique que rien ne justifie au fond est un risque. Car il ne faut pas confondre la composition architecturale et la composition urbaine, il s’agit pas que d’une changement d’échelle.
-L’urbanisme d’encadrement et de stimulation
Certaines zones connaissent, grâce à un parcellaire petit et une irrigation ferroviaire serré, une auto-organisation. Dans ce contexte, un urbanisme d’accompagement, d’encadrement et de stimulation est nécessaire. Les règles peuvent êtres simples et concentrées sur les espaces clefs des transformations. Des mécanismes de calorisation peut être enclenché par des intervention ponctuelle. Roland Castro parle d’acupuncture urbaine.
-Les projets directeurs
Les grandes opérations métapolitaines ont pour but de rayonner et de consolider les fonctions centrales. Ce sont des équipements d’intérêt régional, national ou international. Ils nécessitent la mobilisation et la coordination d’acteurs publics et privés. Ils nécessitent d’intégrer dans un projet commun des logiques et intérêt diverses. On les classes dans les schémas directeurs sous la catégorie de « pôle stratégique ». Car ces projets projet peuvent développer et structurer de vaste zone. Le but étant de maximiser ses effets afin de participer aux objectifs, sociaux, économiques définies par les pouvoir publics pour cette zone.
-L’urbanisme paysager.
Comme les références à la ville idéal et les postulat on perdu de leur force, les paysagiste semble avoir des principes suffisamment généraux pour fournit de grandes orientations structurantes : le respect des paysage, l’adéquation à la géographie d’une lieu. Ils sont compréhensibles et acceptables par divers acteurs, en « naturalisant » les décisions et de combiner les différentes échelles spatiales et introduit une dimension temporelle.
-L’aménagement-service
Une maîtrise d’ouvrage capable de gérer des opérations complexes :programmation, conception, financement, coordination, réalisation, commercialisation et maintenance.
Ce modèle a pour origine la diminution relative du financement public et donc la nécessité de trouver de nouvelles modalités de financement. Ce qui a été rendu possible par le développement de structures permanentes de maîtrise d’ouvrage. Les relations entre urbanisme opérationnel et services urbain, en déplaçant donc les enjeux de l’urbanisme. Il s’agit moins de réaliser des équipements (réponses substantielles) que de proposer des facilité urbaines, des services au sens large (réponse procédurale), le foncier devenant alors un service d’approvisionnement foncier, la voirie un service d’accessibilité, …
Le livre d'Ascher est souvent associé au thème de la métropolisation. On le retrouve par exemple cité dans le chapitre Métropolisation du dictionnaire Lévy & Lussaut. Si il est vrai que'Ascher introduit dans son ouvrage le concept de Métapolist et de ses processus de développement. Mais ce n'est pas le thème central du livre. Les espaces métapolitains d'Ascher sont très prôche des définitions classique des métropole ou des villes global. L'auteur met l'accent sur la discontinuitée spatiale, d'où l'idée de métastase, d'espace fonctionelle, bref rien de très nouveau. La métapolis est un livre traitant des politiques d'aménagement. La métapole est le fils rouge du livre, mais ce concept ne permet pas d'assurer une cohérance à l'ouvrage. Comme le processus contemporain d'urbanisation, la démonstration d'ascher semble discontinue. La découpe en chapitre et sous-chapitre renforce cette vision mais qui ne gache pas à sa qualité. Voici les parties qui m'ont le plus interréssé.
p.83-89
Taylor, Ford, Keynes... et Le Corbusier
Étant donné notre objet, les villes et l'urbanisme, on pourrait aussi dans une certaine mesure qualifier cette période de «taylo-fordo-keynésio-corbusienne», tant Le Corbusier, à sa manière,a symbolisé dans cette période le courant dit de l'urbanisme moderne. Certes il n'a pas conçu lui-même beaucoup de villes et bien d'autres architectes-urbanistes ont porté le mouvement moderne des années vingt aux années soixante-dix. Mais par l'importance de ses écrits, par ses formules, par le systématisme de sa démarche, par le rôle qu'il a joué dans les CIAM, par les réactions qu’il a provoquées, il symbolise mieux que tout autre les thèses «fonctionnalistes » de cette époque.
De fait, Le Corbusier avait lu très tôt Taylor, avait visité les usines Ford et avait sur le rôle des pouvoirs publics des conceptions tout à fait compatibles avec celles de Keynes. Ce sont là des dimensions de la cohérence du cycle que nous avons évoquée précédemment.
Comme Taylor, Le Corbusier, qui le cite en permanence, est obsédé par le désordre, la perte de temps, les détours ; dans la ville moderne comme dans l'usine taylorisée, il n'est pas question de flâner en dehors des endroits réservés chacuns à une «fonction». Il faut rationaliser, simplifier, mesurer, organiser scientifiquement. En lisant la Charte d'Athènes, on croit parfois lire une transposition quasi directe des thèses de Taylor à l’urbanisme. Qu'on en juge.
Le thème du désordre et des mouvements incontrôlés : « Le chaos est entré dans les villes... Les lieux de travail ne sont plus implantés rationnellement dans le complexe urbain : industrie, artisans, affaires, administration, commerce... La rupture avec l'ancienne organisation du travail acréé un désordre indicible et posé un problème auquel ne furent apportées jusqu'à présent que des solutions bâclées. Le plus grand mal de l'époque actuelle en est issu : le nomadisme des populations ouvrières...»
La thèse de l'inadaptation des structures anciennes : « La liaison entre l'habitation et les lieux de travail n'est plus normale ; elle impose des parcours démesurés... En face des vitesses mécaniques, le réseau des rues apparaît irrationnel... Des tracés d'ordre somptuaire, poursuivant des buts représentatifs,ont pu ou peuvent constituer de lourdes entraves à la circulation... »
Le principe de l'organisation scientifique : « Des analyses utiles doivent être faites sur des statistiques rigoureuses, de l'ensemble de la circulation dans la ville et sa région, travail qui révélera les lits de circulation et la qualité de leurs débits...Les voies de circulation doivent être classées selon leur nature et construites en fonction des véhicules et "de leurs vitesses…Les rues doivent être différenciées selon leurs destinations : rue d'habitation, rue de promenade, rues de transit, voies maîtresses...» -
Les méthodes de simplification et de spécialisation : « Les clefs de l'urbanisme sont dans les quatre fonctions : habiter,travailler, se recréer (dans les heures libres), circuler... Le cycle des fonctions quotidiennes... sera réglé, par l'urbanisme,dans l'économie de temps la plus stricte, l'habitation étant considérée comme le centre même des préoccupations urbanistiques et le point d'attache de toutes les mesures... Le zonage,
en tenant compte des fonctions clefs... mettra de l'ordre dans le territoire urbain... »
Les outils d'administration et de gestion : « La ville prendra le caractère d'une entreprise étudiée à l'avance et soumise à la rigueur d'un plan général... la ville ne sera plus le résultat désordonné d'initiatives accidentelles... Le hasard cédera devant la prévision, le programme succédera à l'improvisation... L'ère machiniste a introduit de nouvelles techniques qui sont une des causes du désordre et du bouleversement des villes. C'est pourtant à elles qu'il faut demander la solution du problème..»
On lit aussi Ford dans les textes de Le Corbusier, qui, très explicitement, se propose d'en appliquer les principes à l'habitat et à l'urbanisme : « La grande série doit s'occuper du bâtiment et établir en série les éléments de la maison. Il faut créer l'état d'esprit de la série : t'état d'esprit de construire des maisons en série, l'état d'esprit d'habiter des maisons en série, l'état d'esprit de concevoir des maisons en série». « II faut tendre
à rétablissement du standard pour affronter le problème de la perfection». « Je sors des usines Ford à Détroit. Architecte,je suis plongé dans une sorte de stupeur... D'un côté (le chantier de bâtiment) la barbarie, de l'autre - ici chez Ford – les temps modernes... 'Chez. Ford, tout est collaboration, unité de vues, une de but, convergence parfaite de la totalité des gestes et des pensées... L'expérience de Ford, répétée en mille activités du monde moderne, dans l'industrieuse production, nous donne sa leçon»
Une autre dimension de l'intérêt de Le Corbusier pour Ford tient aussi à sa fascination pour l'automobile elle-même, qui sera pour lui la référence moderne par excellence.
Le Corbusier ne cite jamais Keynes, mais sa conception des rapports entre les intérêts privés, l'intérêt collectif et les pouvoirs publics s'inscrit parfaitement dans l'approche keynésienne. Keynes a exprimé le passage d'une économie régulée principalement par la concurrence et les crises, à une économie
capitaliste régulée par des interventions étatiques, dans laquelle la stimulation de la demande permet à la fois de limiter les inégalités sociales et d'assurer le plein-emploi. Le Corbusier se prononcera aussi à de multiples reprises pour des interventions publiques : «... la violence des intérêts privés, est-il écrit dans la Charte a'Athènes, provoque une rupture d'équilibre
désastreuse entre la poussée des forces économiques d'une part, la faiblesse du contrôle administratif et l'impuissante solidarité sociale d'autre part... l'intérêt privé sera subordonné à l'intérêt collectif.»
p.160-162
L'écartèlement du national entré le global et le local
Cet écaitèlement est d'abord celui des bases économiques de la nation ; d'un côté la globalisation inscrit le pays dans des logiques économiques supranationales ; de l'autre les métropoles s'autonomisent par rapport aux territoires qui les environnent et intègrent les activités dans leur espace métapolitain. Les possibilités de définir des politiques économiques nationales autonomes se réduisent comme peaux de chagrin, ainsi qu'en témoignent les questions contemporaines des taux d'intérêt ou du GATT. Une partie des compétences économique nationales est d'ailleurs explicitement transférée aux instance européennes.
Mais d'autres attributs de la nation se voient aussi progressivement attirés soit par le local, soit par l'européen. D'un côté l'État se décentralise, se dessaisissant de bon nombre de ses compétences ; de l'autre, il transfère une partie des compétences qui lui restent au niveau européen, y compris dans le domaine législatif. Ainsi dans de nombreux domaines, le droit communautaire européen prime déjà sur le droit national15. Par ailleurs, l'État est de plus en plus souvent « court-circuité » par les collectivités territoriales qui accèdent directement aux échelons européens : les maires de grandes villes et les présidents de conseils régionaux en particulier passent un temps considérable à Bruxelles et à Strasbourg, voire y ont des représentations officielles et y appointent des « lobbyistes ». Réciproquement les instances européennes interviennent de plus en plus directement, non seulement dans les politiques régionales, mais aussi par toutes sortes de programmes dont peuvent bénéficier des acteurs publics et privés sans passer par l'État. À cela s'ajoutent la mise en place récente du Conseil européen des Régions et l'organisation directe à l'échelle européenne, sans échelon nationaux, d'associations de villes ou d'acteurs socio-professionnels.
Ce démantèlement partiel de la nation, et l'attraction d'une partie de ses attributs aux niveaux internationaux et locaux-régionaux, ont évidemment des répercussions sur ce que nous avons qualifié de modalités localisées de la citoyenneté.
Tout d'abord, il sera de plus en plus difficile de réserver aux nationaux l'exercice des droits locaux. Comment légitimer en effet qu'un étranger membre de l'Union européenne ne puisse exercer ses droits là où il habite, alors qu'en tant qu'Européen,il participe à la fixation d'une partie croissante des règles qui s'imposent aux collectivités locales ? Juridiquement cela s'argumente, mais sociopolitiquement c'est plus difficile, à moins de légitimer un certain ostracisme.
Ensuite, il devient possible à des collectivités territoriales de sortir - en partie - du cadre national, en émargeant directement à des budgets européens, voire en participant à des instances de l’Union européenne. Peu à peu aussi, les régions pourraient avoir des «rattachements » simultanés multiples, non seulement à une fédération de plusieurs régions françaises (prévue déjà par la loi de janvier 1992 dite ATR, pour « administration territoriale et régionale »), mais à des regroupements régionaux supranationaux (« l'Arc atlantique », par exemple. Sous des modalités diverses, il pourrait en être de même avec des ville d'une ou plusieurs"régions.
p.193-195
Comment être équitable :de l'intérêt général « substantiel » à l’intérêt général «procédural »
Le général Eisenhower avait coutume d'affirmer : « le plan n'est rien ; tout est dans la planification ». Sous une forme plus élaborée, Herbert Simon a introduit en économie la distinction entre la rationalité « substantive » ou «substantielle »,et la rationalité « procédurale ». Dans la première, c'est l'objet de la décision qui importe, c'est-à-dire « quoi » choisir parmi un ensemble d'alternatives possibles, la décision obéissant elle-même à une axiomatique relativement simple. La rationalité procédurale correspond quant à elle à une logique des choix où la décision ne peut être analysée et interprétée en dehors des règles suivies par les agents pour parvenir à cette décision. Autrement dit, la décision ici, dépend moins de son objet que des procédures qui y conduisent : la question est moins que choisir que «comment» choisir. C'est cette même conception du «procédural», que l'on retrouve au cœur de la réflexion du philosophe John Rawls. Celui-ci considère qu'il ne peut exister de décision juste en tant que telle et propose donc de fonder la justice sur une «procédure » juste, une manière d'agir qui engendre des décisions équitables parce que considérées telles par tous. Il accorde ainsi une priorité au juste sur le bien.
Cette réflexion peut être étendue à la définition de l'intérêt général : celui-ci ne réside pas dans le fait qu'il est substantiellement général, mais que le processus qui l'a défini est considéré comme engendrant ou représentant un intérêt général. C'est une approche voisine que reprend Michel Crozier lorsqu'il écrit : «Il ne s'agit plus de faire prévaloir l'intérêt général, mais
de faire émerger un consensus suffisant autour d'une vision acceptable de l'intérêt général par ceux qui auront à le mettre en œuvre dans leurs décisions. Ce qui implique de se centrer non plus sur la décision, mais sur les processus de son élaboration, sur sa mise en œuvre et sur les résultats qu'elle
obtient.» Toutefois, la notion de consensus est ambiguë. Celle de compromis est peut-être plus réaliste et risque moins de laisser entendre que la concertation et la communication sont capables de gommer toutes les oppositions, voire de résoudre les contradictions.
Cette définition plus procédurale que substantielle de l'intérêt général nous semble susceptible d'aider à dégager une légitimité nouvelle pour les actions publiques, à fabriquer de la citadinité,voire de la citoyenneté. De fait, elle est déjà à l'œuvre dans certaines circonstances. Pour l'illustrer, nous pouvons prendre l'exemple très concret du schéma directeur de l'agglomération de Lyon. Bien que cette agglomération soit une des rares en France à être gérée par une communauté urbaine, le schéma directeur qu'elle a récemment adopté peut paraître bien vague. Sa « substance » est constituée par des principes généraux de
développement, une présentation plutôt imprécise pour laisser des marges d'évolution, et un emballage de marketing urbain qui vise à promouvoir Lyon dans la concurrence européenne. On ne trouve trace dans ce document ni d'évaluation précise
sur les besoins existants ou prévisibles, ni de programme un tant soit peu chiffré et daté sur les réalisations à effectuer. Mais le « procédural » dans ce schéma directeur a été beaucoup plus important que le « substantiel ». En effet, sa conception et son approbation ont été l'occasion d'un très vaste débat, de conflits multiples aussi, mais qui ont favorisé une prise de conscience d'intérêts collectifs dépassant la simple addition des intérêts particuliers communaux. Les acteurs sociaux, économiques et politiques de l'agglomération lyonnaise se sont ainsi dotés collectivement d'un projet, ce qui est peut-être plus riche de conséquences que si la communauté urbaine avait seule, avec se experts, décidé un projet plus détaillé pour l'agglomération.
Il faut probablement introduire plus de « procédural », non seulement dans les pratiques car il y en a déjà un peu, mais aussi dans les institutions et les règles juridiques. Il pourrait ainsi être possible de combler en partie l'absence d'institutions métapolitaines légitimes par la multiplication de « procédures » au sens évoqué précédemment. De ce point de vue, on ne peut que souligner la pauvreté des formules françaises d'enquête publique, la faiblesse des pratiques de conciliation, le peu d'intérêt pour les solutions de compromis et le poids écrasant des procédures majoritaires. Il s'agit d'un cercle vicieux, car ce contexte ne favorise pas une démocratie plus participative et plus consultative ; mais en retour l'absence d'une mobilisation continue des habitants (en dehors des actions d'opposition, à caractère défensif) conforte une démocratie presque exclusivement représentative et « substantialiste ».
Un peu plus de procédural pourrait faire du bien à la démocratie urbaine et contribuer à l'émergence d'une gouvernance métapolitaine. Pour autant, le procédural, pas plus que le compromis ou le consensus, ne sont des recettes miracles.
p.206-209
Le chaos urbain créateur et productif
Le thème du chaos architectural et urbain a son origine, d'une certaine façon, dans le courant architectural postmoderme. Celui-ci, assez éloigné malgré son appellation des analyses de Jean-François Lyotard, est né à la fin des années soixante et au début des années soixante-dix de deux ouvrages dans lesquels Robert Venturi critiquait le fonctionnalisme en architecture et son esthétique simplificatrice, leur opposant de façon provocatrice l'esthétique et la fonctionnalité des restaurants fast food, des stations-service, des néons et des publicités routières californiennes . En cela il voulait notamment souligner la richesse en significations de cette architecture comparativement à celle de
l'architecture moderne. Nul doute qu'au-delà de ce qu'il a suscité dans la production architecturale et dans les discours sur l'architecture, ce « postmodemisme » rend compte des faveurs esthétiques et sociales de certains milieux architecturaux pour une ville « désordonnée » et « bricolée» à la manière des banlieues californiennes. '
Dans les années quatre-vingt, ces images ont été complétées par des images nouvelles venues du Japon. Un observateur occidental ne pouvait en effet qu'être fasciné par la ville japonaise contemporaine, économiquement particulièrement performante dans le monde moderne, et pourtant apparemment complètement désordonnée, chaotique, à l'opposé des canons urbanistiques de la modernité. Certains Japonais se sont prêtés à cette vision occidentale, en reprenant le discours sur le chaos urbain et ses performances. Ainsi l'architecte Kazuo Shinohara n'a pas hésité à affirmer qu'il n'existait au Japon aucune possibilité de rassembler les différents ordres qui gèrent la ville et que la haute technologie allait de pair avec l'anarchie progressive. Cette valorisation esthétique du chaos s'est par la suite doublée d'une valorisation fonctionnelle, le désordre, ou plutôt l'ordre spontané, étant présenté comme plus performant que l'ordre planificateur et urbanistique. Ces approches ont utilisé abondamment les notions de fluctuations, d'auto-organisation, de chaos, de fractales,...,mais l’usage métaphorique qui en a été fait n'a pas grand-chose à voir avec les thèses de Prigogine, Lorentz, Mandelbrot ou Ruelle n ; elles ont cependant renouvelé les images utilisées classiquement par les libéraux : notamment la main invisible d'Adam Smith, qui fait correspondre les productions et les consommations, ou la ruche de Mandeville, dans laquelle le bien commun résulte de l'égoïsme de chaque abeille.
Y. Ashihara, qui a aussi développé la thèse du chaos urbain,a bien montré que ce chaos était en fait un « ordre caché », en particulier au regard des architectes et des urbanistes occidentaux. Le sentiment de désordre qu'éprouvent ceux-ci devant la ville japonaise, viendrait en effet d'abord d'une différence radicale dans la conception des espaces : en Occident, la conception de l'espace, des maisons comme des villes, se fait par soustraction suivant un mouvement centripète : on commence par concevoir les contours extérieurs d'un ensemble,et on le traite ensuite partie par partie. La démarcation entre un bâtiment et son voisin, ou entre la ville et la campagne, est par tradition, parfaitement claire. Au Japon, on procède de façon inverse : il existe une conception qui ordonne l'espace à partir de l'intérieur, dans un mouvement centrifuge, c'est-à-dire par addition. L'architecture et la ville se constituent par parties. La prolifération de ces parties dessine, d'une manière divergente,la forme générale. Cette forme, qui est instable et mal définie,se renouvelle très vite. Mais ce renouvellement n'est pas hasardeux ; il est selon Ashihara « chaotique au sens physique du terme ». Chaque élément de la structure totale tolère une certaine souplesse pour répondre aux changements de l'environnement Tokyo est en perpétuelle restructuration de ses parties et passe donc très librement d'une forme à l'autre. Chaque édifice participe à la totalité de la ville, mais cette totalité appartient à un ordre supérieur. Tokyo est un corps organique disponible,ouvert aux métamorphoses et aux développements, allant jusqu'à omettre les éléments inutiles.
Le succès de cette image de la ville japonaise auprès des architectes a des raisons variées. Outre les explications circonstancielles, comme la vague idéologique libérale, commode pour certains concepteurs qui peuvent légitimer ainsi la non-prise en compte de l’échelle urbaine et du contexte dans lequel ils réalisent leur œuvre, il y a une fascination quasi originelle des architectes pour les labyrinthes et la complexité. Il y a aussi une certaine parenté entre ^in- apparence chaotique et les réalisations des architectes que la critique a, plus ou moins légitimement, regroupés sous l'appellation de «déconstructivistes» : ceux-ci développent une architecture qui tente également de « partir de l’intérieur»,et dont l'apparence externe est assez chaotique, un peu comme «l'envers du tapis». De fait l'apparence de cette architecture n'est pas sans rappeler les formes de la nouvelle géométrie « fractale », qui donne des images de volumes anguleux, non lisses, disloqués,tordus, enchevêtrés.
Mais cet ordre caché est aussi, au-delà des spécificités dans les rapports à l’espace mises en évidence par Ashihara ou Augustin Berque, inspiré par des politiques urbaines très structurées des programmes d'investissements publics massifs. Une forme de planification et d'intervention publique vient ainsi
renforcer les rationalités communes qui donnent leur cohérence aux initiatives individuelles. En cela l'urbanisme japonais n'est peut-être pas si loin de l'urbanisme libéral remis à l'ordre du jour en Occident par le regain du libéralisme économique aucours des années quatre-vingt.
p.209-210
La planification conduite par le marché
Le regain du libéralisme dans le domaine de l'urbanisme est symbolisé par les réformes et la politique menées par le gouvernement de Mrs Thatcher à partir du début des aimées quatre-vingt. Mais si les principes libéraux ont été mis en œuvre au Royaume-Uni de façon systématique, c'est d'abord l'État qui a été utilisé pour briser des structures locales généralement interventionnistes. Mettant en cause une tradition très forte de «town-planning», les réformes du gouvernement conservateur britannique ont promu une conception de « market lead planning » : c'est le marché qui choisit, qui décide de la croissance et des mutations urbaines ; les pouvoirs publics suivent le marché, l'aident,confortent ses choix, éventuellement aussi en corrigent les excès ou en complètent les insuffisances. Le bilan de cette politique britannique est sujet à controverses. Il est probable qu'elle a obligé les pouvoirs locaux à mettre en cause leurs certitudes et à sortir de leurs routines, dégageant ainsi des sources nouvelles d'efficacité. Mais à l'inverse, elle a aussi mis en évidence l'impossibilité d'appliquer systématiquement aux grandes villes européennes une approche libérale. L'opération des Docklands à Londres, par exemple, rappelle à ceux qui auraient eu tendance à l'oublier, que la conception et,le financement privés de grandes infrastructures urbaines de transports collectifs sont très difficiles et très rares, surtout en Europe. L'échec actuel de cette opération, qui se voulait emblématique, a évidemment aussi une dimension symbolique ; mais généralement, le laisser-faire qu'avait essayé de promouvoir le gouvernement conservateur a été battu en brèche par les « développeurs » privés eux-mêmes, qui ont réclamé et obtenu en 1991 le renforcement législatif de la planification urbaine et l'instauration de règles urbaines plus strictes, et donc plus sûres pour garantir leurs investissements. Cette nouvelle législation montre les limites du libéralisa» en madère urbaine et illustre d'une certaine manière que « c'est le marché qui opprime et le plan qui libère... ».
La vague libérale de remise en cause de la planification urbaine a touché de nombreux pays 20, dont la France, où les documents de planification urbaine élaborés dans les aimées soixante-dix se sont trouvés vite obsolètes dans les années quatre-vingt : en raison de la crise économique, certes, mais aussi des approches nouvelles des élus locaux qui venaient d'hériter des compétences urbanistiques, de la concurrence entre les villes, de la valorisation sociale nouvelle des dynamiques entrepreneuriales, de l'aggiomamento idéologique du parti socialiste, de la crise des pays communistes planificateurs, etc.
Dans ce contexte, les documents de planification et d’urbanisme sont apparus à de nombreux maires comme de lourds carcans, susceptibles de brider leurs initiatives pour attirer les créateurs d'emplois et les investisseurs immobiliers, et d'un coût électoral sans commune mesure avec les nécessités d'une régulation collective. À cela s'ajoutait une crise du financement public qui, de toutes les façons, faisait dépendre très largement la réalité et l'efficacité des choix publics de la possibilité d'y associer des « partenaires privés », et donc de logiques assez éloignées de celles qui avaient présidé à l’élaboration des précédents documents d'urbanisme.
Mais dès la fin des années quatre-vingt, les dysfonctionnements liés au boom immobilier urbain et à F accentuation des phénomènes d'exclusion remirent progressivement à l'ordre du jour la nécessité d'une planification urbaine plus volontaire. La crise de l'immobilier mit en évidence, peu après, les difficultés
et les limites du partenariat public-privé ; enfin les difficultés voire l'échec financier de plusieurs grandes opérations urbaines emblématiques des performances du privé contribuèrent à réhabiliter progressivement l'intervention des pouvoirs publics dans la planification et l'aménagement urbain.
p.211-213
La métapole système complexe,et le management public urbain
Confrontés à une difficulté plus grande de maîtriser le développement et les changements urbains, les urbanistes et les responsables politiques qui souhaitent maintenir une planification urbaine ont le choix entre renforcer les instruments classiques de contrôle et d'intervention des pouvoirs publics, ou changer la conception même de l'intervention publique.
La première solution a le mérite d'utiliser des techniques éprouvées : zonages plus précis, contrôles plus rigoureux des droits de construire, systèmes de récupération des plus-values foncières et immobilières, expropriation, financements publics,etc. Le risque est que ces dispositifs aient une efficacité limitée parce qu'ils ne sont pas adaptés au contexte métapolitain, voire qu'ils engendrent des effets pervers en renforçai un système d'action dépassé dans ses principes et ses modalités.
L'autre solution, explorée par les urbanistes et les responsables politiques, met en cause le principe même de « maîtrise » de la ville. Considérant les métropoles comme des systèmes complexes déterminés en partie par des phénomènes externes,cette démarche nouvelle part du principe qu'il est impossible pour les responsables publics de prétendre à une domination totale des phénomènes urbains, mais qu'il est envisageable de «guider» des transformations, de « réguler » des fonctionnements. Cette approche est confortée par le contexte économique et urbain contemporain, qui incite moins souvent à interdire (ce qui, selon Prost, était l'essence de l'urbanisme), et beaucoup plus souvent à attirer, à convaincre, à séduire... Cette orientation renouvelée de l'urbanisme puise alors bon nombre de ses références dans les développements récents des sciences de la gestion, de l'information et de la décision, donnant naissance à une ébauche de « management public urbain».
Considérer la ville comme complexe, et pas seulement comme compliquée, postule qu'elle fonctionne sur la base de
logiques et de rationalités multiples éventuellement contradictoires ; qu'elle forme un système ouvert ; que ses équilibres sont instables ; que des variations mineures peuvent engendrer des changements considérables ; que les évolutions sont généralement irréversibles. Les métapoles, comme le contexte dans lequel elles se développent, se caractérisent donc par une très grande incertitude. Face à cette incertitude, la planification urbaine ne peut plus être linéaire et séquentielle, mécaniste et balistique; autrement dit, elle ne peut plus prétendre être prévisionnelle, programmatique, systématique, impérative. Elle doit se construire sur la base d'une rationalité limitée en univers incertain. Pour orienter, encadrer, réguler, gérer, la planification et plus généralement l'urbanisme, au sens large dans lequel nous utilisons ce mot, doivent mettre en œuvre des instruments qui admettent les fluctuations, la créativité, l'incertitude, la contradiction, l'ambiguïté, le flou27. L'urbanisme doit en quelque sorte passer de la « planification stratégique » au« management stratégique ».
Mais en contrepartie, pour que ce management ne se transforme pas en un empirisme complet, antithétique de l'urbanisme, le projet « essentiel » doit, quant à lui, être encore plus que dans la planification traditionnelle, formalisé, explicite, durable, totalement accepté et approprié par tous les intervenants ; les stratégies doivent être plus procédurales, c'est-à-dire porter sur des manières de problématiser et des schémas d'actions, et non sur des choix particuliers (« substantiels »). À ces conditions les « managers urbains » peuvent disposer des degrés de liberté nécessaires pour construire les choix tactiques qui
s'avéreront utiles ; et des acteurs aux rationalités variées et aux intérêts différents peuvent contribuer chacun à leur manière à la réalisation du projet.
Cette nouvelle approche de la gestion urbaine perturbe les chronologies classiques de l'urbanisme qui vont de l'analyse à l’action, en passant successivement par l'identification des besoins, la définition d* objectifs, le choix de solutions, la programmation de moyens, la mise en œuvre des décisions. Le nouvel urbanisme donne une importance plus grande aux itérations, aux rétroactions, aux démarches heuristiques, au travail du projet comme mode de connaissance, à la production de consensus et de compromis comme gages d'efficacité.
Cet urbanisme, s'il inspire très largement des nouvelles approches de gestion des entreprises, ne peut pour autant transférer purement et simplement le modèle de l'entreprise au management public urbain. Certes, les grandes villes ont de plus
en plus de traits communs avec les grandes entreprises : elles dépendent pour leur développement des mêmes facteurs économiques ; elles sont confrontées à une concurrence internationale ; elles gèrent des services, des « activités de production » et des personnels nombreux ; leurs responsables s'identifient
souvent à des managers. Mais la rationalité publique est différente de la rationalité privée ; l'élu n'est pas le propriétaire d'une ville ; sa maîtrise des activités est bien plus faible encore que celle d'un entrepreneur ; le projet, qui doit être le fondement du management urbain, ne se construit pas sur le principe
du profit économique ; à cela s'ajoute qu'une grande ville ne forme qu'une partie d'une métapole et que celle-ci ne constitue généralement pas un seul « acteur » ou une seule « organisation ».
p.223
« Il faut, autant que possible, gérer le contexte dans lequel agissent les acteurs plutôt qu’essayer de faire agir directement les acteurs »
Classification des interventions urbaines en deux axes :
-Axe Y : Progressiste / Culturaliste définie par F.Choay
-Axe X : Encadrement / Anticipation
Encadrement : gérer la ville par fragment, discontinuité, accompagné le développement.
Anticipation : gérer la vile volontairement par morceaux homogènes

En découle différent modèle
-Modèle Anticipation culturaliste : utilisé la composition urbaine pour faire rentré la ville contemporaine dans le cadre de la ville classique, R. Boffell
-Modèle Encadreur-culturaliste : courant typo-morphologique, qui inscrit l’intervention urbaine dans les type existants afin de maintenir une homogénéité et une continuité, G. Grassi
-Modèle encadreur progressiste : accompagne le développement de la périphérie et il est plus encadreur pour les parties centrales, Ren Koollass.
Six type d’urbanismes pp.234-242
-Typo-morphologique et plan d’urbanisme « qualitatif »
Dans les quartiers anciens, il s’agit de gérer les transformations sans changer l’atmosphère, voir en la renforçant. Cette approche typo-morphologique se base sur des plans et des règlements très fin. Les droits d’usages des parcelles, mais aussi les volumes et l’aspect des îlot et des bâtiments est réglementé afin de produire ou reproduire un « style urbain ». Aussi à Lyon, le POS a définie des « silhouette » spécifique a chaque quartier. C’est conception nostalgique de la ville, qui met en avant la continuité historique. Mais elle nécessite souvent des valeurs foncières potentielles assez élevées pour rendre les contraintes acceptables par les propriétaires et les promoteurs.
-Programmes d’infrastructures et composition urbaine
Instruments classiques de la programmation des grands équipements, avec des études d’implantation et réservations foncières. Utilisé dans le cas des banlieues en cours d’urbanisation qui nécessite des infrastructures de transport et des équipement structurants. Les « axes », grands, majeurs ou structurant, permettent d’implanter simultanément une infrastructure de transport, édicter un principe de « rangement » des constructions et des activités, d’articuler les quartiers. Mais le geste de l’architecte démiurge, prétendant imposer une forme géométrique que rien ne justifie au fond est un risque. Car il ne faut pas confondre la composition architecturale et la composition urbaine, il s’agit pas que d’une changement d’échelle.
-L’urbanisme d’encadrement et de stimulation
Certaines zones connaissent, grâce à un parcellaire petit et une irrigation ferroviaire serré, une auto-organisation. Dans ce contexte, un urbanisme d’accompagement, d’encadrement et de stimulation est nécessaire. Les règles peuvent êtres simples et concentrées sur les espaces clefs des transformations. Des mécanismes de calorisation peut être enclenché par des intervention ponctuelle. Roland Castro parle d’acupuncture urbaine.
-Les projets directeurs
Les grandes opérations métapolitaines ont pour but de rayonner et de consolider les fonctions centrales. Ce sont des équipements d’intérêt régional, national ou international. Ils nécessitent la mobilisation et la coordination d’acteurs publics et privés. Ils nécessitent d’intégrer dans un projet commun des logiques et intérêt diverses. On les classes dans les schémas directeurs sous la catégorie de « pôle stratégique ». Car ces projets projet peuvent développer et structurer de vaste zone. Le but étant de maximiser ses effets afin de participer aux objectifs, sociaux, économiques définies par les pouvoir publics pour cette zone.
-L’urbanisme paysager.
Comme les références à la ville idéal et les postulat on perdu de leur force, les paysagiste semble avoir des principes suffisamment généraux pour fournit de grandes orientations structurantes : le respect des paysage, l’adéquation à la géographie d’une lieu. Ils sont compréhensibles et acceptables par divers acteurs, en « naturalisant » les décisions et de combiner les différentes échelles spatiales et introduit une dimension temporelle.
-L’aménagement-service
Une maîtrise d’ouvrage capable de gérer des opérations complexes :programmation, conception, financement, coordination, réalisation, commercialisation et maintenance.
Ce modèle a pour origine la diminution relative du financement public et donc la nécessité de trouver de nouvelles modalités de financement. Ce qui a été rendu possible par le développement de structures permanentes de maîtrise d’ouvrage. Les relations entre urbanisme opérationnel et services urbain, en déplaçant donc les enjeux de l’urbanisme. Il s’agit moins de réaliser des équipements (réponses substantielles) que de proposer des facilité urbaines, des services au sens large (réponse procédurale), le foncier devenant alors un service d’approvisionnement foncier, la voirie un service d’accessibilité, …
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