Le corp et l'Utopie, texte de M. Foucault

Publié le par olivier Legrand

Ce lieu que Prost doucement anxieusement vient occupé de nouveau à chacun des ses réveils, à ce lieu là dès que j’ai les yeux ouvert je ne peux plus échapper, non pas que je sois par lui cloué sur place, puisque qu’après tout je peux non seulement bouger remuer mais je peut le peut le remuer, le bouger le changer de place. Seulement voilà, je ne peux pas me déplacer sans lui, je ne peux pas le laisser là ou il est pour m’en aller moi ailleurs, je peux bien aller au bout du monde, je peux bien me tapir le matin sous mes couvertures, me faire aussi petit que je pourrais, je peux bien me laisser fondre au soleil sur la plage, il sera toujours là où je suis. Il est ici, irréparablement, jamais ailleurs. Mon corps c’est le contraire d’une utopie, ce qui n’est jamais sous un autre ciel, il est le lieu absolu, le petit fragment d’espace avec lequel au sens strict je fais corps. Mon corps topie impitoyable.
Et si par bonheur je vivais avec lui dans une sorte de familiarité usée, comme avec une ombre, comme avec ces choses de tous les jours que finalement je ne vois plus et que la vis a passé à la grisaille comme avec ces cheminées, ces toits qui moutonnent chaque soir devant ma fenêtre. Mais tous les matins même présence, même blessure, sous mes yeux se dessine l’inévitable imagine qu’impose le miroir, visage maigre, épaule voûté, regard myope, plus de cheveux, vraiment pas beau. Et c’est dans cette vilaine coquille de ma tête, dans cette cage que je n’aime pas, qu’il va falloir me montrer et me promener, à travers cette grille qu’il faudra parler, regarder, être regarder, sous cette peau croupir. Mon corps c’est le lieu sans retour auquel je suis condamné. Et je pense après tout que c’est contre lui et comme pour l’effacer qu’on a fait naître toutes ces utopies. Le prestige de l’utopie, la beauté, l’émerveillement de l’utopie à quoi sont-ils du ?
L’utopie, c’est lieu hors de tous les lieus, mais c’est un lieu où j’aurais un corps sans corps, un corps qui sera beau, lipide, transparent, lumineux, vélos, colossal dans sa puissance, infinie dans sa duré, délié, invisible, protéger, toujours transfigurer. Et il se peut bien que l’utopie première, celle qui est le plus indéracinable dans le cœur de l’homme, ce soit précisément l’utopie d’un corps incorporel. Le pays des fées,des lutins, des génies, des magiciens et bien c’est le pays où les corps se transportent aussi vite que la lumière, c’est le pays où les blessures guérisse avec un baume merveille le temps d’un éclaire, c’est le pays ou l’on peut tombé d’une montagne et se relevé vivant, c’est le pays ou est visible quand on veut invisible quand on le désire. S’il y a un pays féerique c’est bien pour que j’y sois prince charmant et que toute les jolis gommeux deviennent poilus et vilains comme des oursons.
Il y a aussi une utopie qui est faite pour effacer les corps, cette utopie c’est le pays des morts, ce sont les grandes cités utopiques que nous ont laissés la civilisation égyptienne. Les momies après tout qu’est-ce que c’est ? Et bien c’est l’utopie du corps nié et transfiguré, la momie c’est le grand corps utopique qui persiste à travers le temps. Il y a aussi les masques d’or que la civilisation mycénienne posé sur le visage des rois défunts, utopie de leurs corps glorieux, puissants, solaires, terreurs des armés. Il y a eu les peintures et les sculptures des tombeaux, les gisants qui depuis le moyen age prolonge dans l’immobiliser une jeunesse qui ne passe plus. Il y a maintenant, de nos jours, c’est simple cube de marbre, corps géométrisé par la pierre, figure régulière et blanche sur le grand tableau noir des cimetières. Et dans cette cité d’utopie des morts, voilà que mon corps devient solide comme une chose, éternelle comme un dieu.
Mais peut être la plus obstiné, la plus puissante de ces utopies par les quelle nous effaçons la triste topologie du corps et bien c’est le grand mythe de l’âme qui nous la fournis depuis les fins fond de l’histoire occidentale. L’âme, elle fonctionne dans mon corps d’une façon bien merveille. Elle y loge bien sur, mais elle s’est bien s’en échappée, elle s’en échappe pour voir les choses à travers les fenêtres de mes yeux, elle s’en échappe pour rêver quand je dors, pour survivre quand je meurs. Elle est belle mon âme, elle est pure et elle est blanche. Et si mon corps boueux, en tout cas pas très propre, vient à la salir, il y aura bien une vertu, il y aura bien une puissance, il y a aura bien milles gestes sacrés qui la rétabliront dans sa pureté première. Elle durera longtemps mon âme, et plus que longtemps quand mon vieux corps ira pourrir. Vivre mon âme c’est mon corps lumineux, purifié, évertue, agile, mobile tiède frais, c’est mon corps lisse châtré arrondi comme une bille de savons.
Et voilà, mon corps par la vertu de toutes ces utopies a disparu, il a disparu comme la flamme d’une bougie que l’on souffle. L’âme, les tombeaux, les génies et les fées, ont fait main basse sur lui, l’on fait disparaître en un tour de main, ont soufflé sur sa lourdeur sur sa laideur et me l’ont restitué éblouissant et perpétuel.
Mais mon corps à vrai dire ne se laisse pas réduire aussi facilement, il a après tout lui-même ses ressources propres de fantastique. Il en possède lui aussi des lieux sans lieu et des lieux plus profonds, plus obstiné encore que l’âme, que le tombeau, que l’enchantement des magiciens. Il a ses caves et ses greniers, ses séjours obscurs, il y a ses plages lumineuses. Ma tête par exemple ma tête, quelle étrange caverne ouverte sur le monde extérieur par deux fenêtres, deux ouvertures j’en suis bien sur car je les vois dans le miroir et je peux fermer l’une ou l’autre séparément. Pourtant il n’y a qu’une seule de ses ouvertures car je ne voie devant qu’un seul paysage continu, sans cloison, ni coupure. Et dans cette tête, comment est-ce que les choses se passe ? Et bien les choses viennent se longer en elle, elles y entrent, et sa je suis bien sur les choses entrent dans ma tête quand je regard, puisque le soleil quand il est trop fort et m’ébloui et va déchirer jusqu’au fond de mon cerveau. Et pourtant ces choses qui entrent dans ma tête, elles demeurent bien à l’extérieur puisque je les vois devant moi et que pour les rejoindre je dois m’avancer à mon tour. Corps incompressibilité, corps pénétrable et opaque, corps ouvert et fermé, corps utopique.
Corps absolument visible en un sens, je sais très bien ce que c’est qu’être regardé, par quelqu’un d’autre, de la tête au pied, je sais ce que c’est d’être épié par derrière, surveillé par-dessus l’épaule, surpris quand je m’y attends le moins, je sais ce que c’est d’être nu. Et pourtant ce même corps qui est si visible, il est retiré, il est capté par une sorte d’invisibilité de laquelle jamais je ne peux le détacher. Ce crâne, ce derrière de mon crâne que je peux tâter là avec mes doigts mais voir jamais. Ce dos que je sens appuyé contre la poussé du matelas sur le divan quand je suis allongé et que ne je surprendrai que par la ruse d’un miroir. Et qu’est-ce que c’est que cette épaule dont je connais avec précision les mouvements et les positions mais que je ne serai jamais voire sans me contourné affreusement. Le corps fantôme qui n’apparaît qu’au mirage des miroirs et encore d’une façon fragmentaire. Est-ce vraiment j’ai besoin des génies et des fées, et de la mort et de l’âme pour être à la fois indissociablement visible et invisible.
Et puis ce corps, il est léger, il est transparent, il est impondérable, rien n’est moins chose que lui, il court, il agit, il vit, il désire, il se laisse traverser sans résistance par tous mes intentions. Et ouis, mais jusqu’au jour où j’ai mal, où se creuse la caverne de mon ventre, où se bloque,où s’engorge, ou se bourde d’étouffe ma poitrine et ma gorge, jusqu’au jours où s’étiole au fond de ma bouche le mal au dents. Alors là je cesse d’être léger impondérable,…Je deviens chose, architecture fantastique et ruinée.
Non vraiment, il n’y a pas besoin de magie ni de férie, il n’ai pas besoin d’une âme ni d’une mort pour que je suis à la fois opaque et transparent, visible et invisible, vie et chose. Pour que je sois utopie, il suffit que je sois un corps.
Toutes ces utopies par lesquelles j’esquivé mon corps, bien elles avaient tout simplement leurs modèle et leur point premier d’application, elles avaient leur lieu d’origine dans mon corps lui-même. J’avais bien tort toute l’heure de dire que les utopies étais tournées contre le corps et destiné à l’effacer, elles sont né du corps lui-même et se sont peut-être ensuite retourné contre lui.
En tout cas il y a une chose certaine, c’est que le corps humain est l’acteur principal de toutes les utopies. Après tout une des plus vielle utopie que les hommes se sont racontée à eux-mêmes n’est-ce-ce pas le rêve de corps immenses, démesurés qui dévoreraient l’espace et maîtriseraient le monde. C’est la vielle utopie des géants, qu’on trouve au cœur de temps de légende en Europe en Afrique, en Océanie, en Asie. Cette vielle légende qui a si longtemps nourri l’imagination occidentale de Prométhée à Gulliver.
Le corps aussi est un grand acteur utopique quand il s’agit des masques, du maquillage et du tatouage. Se masquer, se maquiller, se tatouer ce n’est pas exactement, comme on pourrait l’imaginer, acquérir un autre corps, simplement un peu plus beau, mieux décoré, plus facilement reconnaissable. Se masquer, se maquiller, se tatouer c’est sans doute tout autre chose, c’est faire rentrer le corps en communication avec des pouvoirs secrets et des forces invisibles. Le masque, le signe tatouer, le fard, dépose sur le corps tout un langage, tout un langage énigmatique, tout un langage chiffré, secret, sacré qui appelle sur ce même corps la violence du Dieu, la puissance sourd du sacré, ou la vivacité du désir. Le masque, le tatouage, le fard, il place le corps dans un autre espace, il le faut entrer dans un lieu qui n’as pas de lieu directement dans le monde. Il faut de ce corps un fragment d’espace imaginaire, qui va communiquer avec l’univers des divinités, ou avec l’univers d’autrui. On sera saisi par les Dieux, ou sera saisi par la personne que l’on vient de séduire. En tout cas le masque, le tatouage, le fard, sont des opérations par lesquelles le corps est arraché à son espace propre est projeté dans un autre espace. Et si on songe que le vêtement sacré ou profane, religieux ou civil, fait entrer l’individu dans l’espace clos du religieux ou dans le réseau invisible de la société. Alors, on voit que tout ce qui touche au corps, dessin, couleur, diadème, vêtement, uniforme, tout cela fait épanouir sous une forme sensible et bariolée les utopies sceller dans le corps.
    Et peut-être  faudrait-il encore au-dessous du vêtement, peut-être faudrait-il atteindre la chair elle même, et alors on verrait, que dans certain cas, à la limite, c’est le corps lui-même qui retour contre soi son pouvoir utopique et qui fait entre tout l’espace du religieux et du sacré, tout l’espace de l’autre monde, tout l’espace du contre monde à l’intérieur même de l’espace qui lui réservé. Alors le corps dans sa matérialité, dans sa chair, serait comme le produit de ses propres fantasmes, après tout, est-ce que le corps du danseur n’est pas justement un corps dilater pas tout selon tout un espace qui lui est intérieur et extérieur à la fois, et les drogués aussi, et les possédés dont le corps devient enfer, les stigmatisés dans le corps devient souffrance, rachat et salue, sanglant paradis. J’étais sot vrai dire tout à l’heure de croire que le corps n’étais jamais ailleurs, qu’il était un ici irrémédiable et qu’il s’opposait à toute utopie. Mon corps, en fait, il est toujours ailleurs, il est lié a tout les ailleurs du monde et vrai dire il est ailleurs que dans le monde.
    Car c’est autour de lui que les choses sont disposées, c’est par rapport à lui et par rapport lui comme par rapport a un souverain, qu’il y a un dessus, un dessous, une droite, une gauche,un avant, un arrière, un proche, un lointain. Le corps, il est le point zéro du monde, là où les chemins où les espaces viennent se croiser, le corps il n’est nul part. Il est au cœur du monde, ce petit noyau utopique à partir du quelle je rêve, je parle, j’avance, j’imagine, je perçois les choses à leur place et que je les nie aussi par le pouvoir indéfini des utopies que j’imagine. Mon corps est comme la cité du soleil, il n’a pas de lieu, mais c’est de lui que sorte et que rayonne tous les lieux possibles, réel ou utopique.
Après tout, les enfants mettent longtemps à savoir qu’ils ont un corps, pendant des mois, pendant plus d’une année, ils n’ont qu’un corps dispersé, des membres, des cavités, des orifices et tout ceci ne s’organisent, tout ceci ne prend littéralement corps, que dans l’image du miroir. De façon plus étrange encore, les Grecs d’Homère n’avaient pas de mot pour désigner l’unité du corps.  Aussi paradoxale que ce soit, devant Troie, sous les murs défendue par Hector et ses compagnons, il n’y avait pas de corps, il y avait bras levés, il y avait des poitrines courageuses, il y avait des jambes agiles, il y avait des casques étincelant au-dessus des têtes, il n’y avait pas de corps. Le mot grecque qui veut dire corps n’apparaît chez Homère que pour désigner le cadavre. C’est ce cadavre par conséquent, c’est le cadavre et c’est le miroir qui nous enseigne, en fait qui ont enseigné aux Grecques et qui enseigne maintenant aux enfants, que nous avons un corps, que ce corps a une forme, que cette forme a un contour, que dans se contour il y a une épaisseur, un poids. Bref que le corps occupe un lieu. C’est le miroir et c’est le cadavre qui assigne un espace, à l’expérience profondément et originellement utopique du corps. C’est le miroir, c’est le cadavre et c’est le miroir qui font taire, qui apaise et qui ferme sur une clôture, qui maintenant pour nous sceller, cette grande rage utopique que délabre et volatilise à chaque instant notre corps. C’est grâce à eux, au miroir et au cadavre, que notre corps n’est pas pure et simple utopie. Ors si l’on songe, que l’image du miroir est logée pour nous dans un espace inaccessible et que nous ne pourrons jamais être là ou sera notre cadavre. Si l’on songe que le miroir et le cadavre sont eux-même dans un invisible ailleurs, alors on découvre que seules les utopies peuvent refermer sur elle-même et caché un instant l’utopie profonde et souveraine de notre corps.
    Peut-être, faudrait-il dire aussi, que faire l’amour, c’est sentir son corps se refermer sur soi, c’est enfin existé hors de tout utopie, avec tout sa densité entre les mains de l’autre. Sous les doigts de l’autre qui vous parcourir, tout les part invisible de votre corps se mettent a exister, contre les lèvres de l’autres, les votre deviennent plus sensible, devant ses yeux mi-clos votre visage acquiert une certitude, il y a regard enfin pour voir vos paupières fermer. L’amour lui aussi comme le miroir ou la mort, il apaise l’utopie de votre corps, il la fait taire, il la calme, il l’enferme comme dans une boîte, il la clos et il la scelle. C’est pourquoi il est si proche parent de l’illusion du miroir et de la menace de la mort. Et si malgré c’est deux figures périlleuse  qui l’entoure on aime tant faire l’amour, c’est parce que dans l’amour le corps est ici.


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Publié dans Foucault

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