L’homme moyen d’Adolphe Quételet

Publié le par olivier Legrand

Ce texte se base sur les travaux de P Rabinow, Une France si Moderne,pp 109-115

    Adolphe Quételet avait pour but de fonder une véritable « science de l’homme », dont le but était de déceler les régularités prévisibles dans la vie physique, intellectuelle et morale de l’homme.  La mise en relation du normal et du pathologique, via l’outil statistique, reste un de ses apports les plus notables.  
    Mais l’influence de Quételet aux statistiques est moindre, il n’utilisa que des outils peu développés. Pour Quételet, l’astronomie était le modèle de tout les science, et la théorie des probabilité était la pierre angulaire des sciences de d’observation. Les régularités mathématiques ne manquaient pas d’apparaître pourvue que l’on disposait d’un échantillon assez large et homogène.  Les régularités observées devait permettre de découvrir des types humains fondamentaux.  Grâce aux mesures des tours de poitrine des sculptures grecs, et des jeunes conscrits belges, Quételet pensait avoir débusqué le type humain véritables. Ces résultats suggéraient une unicité des humains.
    « L’homme moyen, au lieu d’offrir le type du beau et du bien relatif à l’époque où il vit, présenterait le type    absolu du beau et du bien dans le sens le plus général »
Quételet, recherche sur le penchant au crime aux différents âges, p.274

Examinant les variations systématiques de la taille du corps dans une population homogène, il tomba point par point sur une courbe binomiale, en forme de cloche, une courbe des erreurs de Laplace-Gauss. Plus on prendrait de mesures, plus elles seraient statistiquement conformes à la courbe de Laplace-Gauss, et mieux on parviendrait à éliminer les interférences et déviations accidentelles au regard du type. C’est ainsi que Quételet déboucha sur sa fameuse notion de l’homme moyen.
    Alors que le concept de type qui avait sous-tendu les cannons de l’architecture française subissait des attaques, Quételet le redéfini statistiquement. Il assimilait la notion de fréquences statistique à celle de norme, affirmant ainsi avoir isolé une régularité ontologique qui s’exprime d’elle-même sur le graphe. Ici donc, les trait humain ne sont normaux parce que fréquent mais fréquent parce que normaux.  On pouvait donc considérer les maladies comme des écarts plus ou moins marqués, de manières négative ou positive, par rapport à l’état normal sain (Quételet, Études sur l’homme, 1842).
    Son apport vient dans sa façon de passer de sujets concrets à des ensembles plus généraux soumis à leurs propres lois internes. La société devient un objet, ayant ses propres loi, sa propre science et ses propres modes de gouvernement. Il s’agit alors d’une mise en relation particulière entre société et les individus qui la composent. La normalité et la pathologie d’un individu étaient fonction non plus de son état en tant que tel mais de sa place à l’intérieur d’un ensemble social.  Par conséquences, les tentatives de réformer un individus sans en même temps réformer le milieu social où ses actions prennent forme et norme apparaissent vaine

Courte biographie
Adolphe Quételet est né le 7 février 1796 à Gand et mort le 17 février 1874 à Bruxelles. Reçoit un doctorat en sciences (mathématiques) à l'université de Gand en 1819 pour un thèse concernant la théorie des sections coniques. À la suite de quoi, il enseigne les mathématiques tant à Gand qu'à Bruxelles.
En 1823 il part étudier l'astronomie à l'Observatoire de Paris où il côtoya Arago et Bouvard. Il sera influencé par Laplace, Poisson et Fourier avec qui il étudiera les statistiques qu'il élèvera au rang de science.
Il présidera d'ailleurs le premier congrès international de statistique qui aura lieu à Bruxelles en 1853.
En 1828, il réussit à persuader les autorités et à lever des fonds publics et privés pour créer à Bruxelles un observatoire qu'il dirigera dès 1832.
Durant la révolution belge de 1830 il visite les observatoires italiens.
En 1834, il devient secrétaire permanent de l'Académie royale de Belgique.
En 1837, Quételet a aussi crée le journal de statistique Transactions of the Statistical Society of London.

Sa bibliographie
Quételet A. (1819), De quibusdam locis geometricis necynon de curva focali, thèse de doctorat

Quételet A. (1831), Recherche sur le penchant au crime aux différents âges, Hayes, Bruxelles

Quételet A. (1832), « Recherches sur la loi de la croissance de l’homme », Nouveaux Mémoires de l’Académie des sciences et des belles-lettres, Bruxelles

Quételet A. (1835), Sur l’homme et le développement de ses facultés, ou Essai de physique sociale, Chatelier, Paris

Quételet A. (1842), Étude sur l’homme, Chatelier, Paris

Quételet A.(1844), « Sur l’appréciation des documents statistiques », bulletin de la Commission centenaire de statistiques, n°2

Quételet A.(1864), Histoire des sciences mathématiques et physiques chez les Belges

Quételet A.(1864), Météorologie de la Belgique, comparée à celle du Globe 1867

Quételet A.(1869), La physique sociale

Ouvrage traitant de Quételet
Arnold M., Degrave E. (1995), « Adolphe Quételet : astronome et fondateur de la biométrie », Annales Medicinae Militaris Belgicae, Bruxelles, pp 155-157.

Benêtred D., Walter Chr. (2000), « Du hasard sage au hasard sauvage », Les Échos, Paris

Bouchon M., Brule C., Chaizemartin H., Huet J.-M (1998).,Peut-on établir un portrait-robot du Français Moyen ?, Institut d'Études politiques de Paris, Section "Communication et ressources humaines"

Droesbeke J.-J. ,Tassi  P.(1990), Histoire de la statistique, P.U.F.,Paris

De HEER W., De Leeuwe E. D., Van der Zouwen J (1999)., « Methodological Issues in Survey Research : A Historical Review », Bulletin de méthodologie sociologique, N°64, , p.29.

J. J. O'CONNOR & E. F. ROBERTSON, "Lambert Adolphe Jacques Quetelet", The MacTutor History of Mathematics archive, School of Mathematics and Statistics, University of St Andrews, Scotland, déc. 1996.

"Census", The Columbia Electronic Encyclopedia, Columbia University Press, 2000.

Rabinow P. (2006[1989]), Une France si moderne. Naissance du social 1800-1950, Buchet-Chastel, Paris, p.635

Sitographie
-Société Adolphe Quetelet
http://www.quetelet.be/
-famousbelgians.net
http://famousbelgians.net/quetelet.htm
-University of Minnesota
http://www.mrs.umn.edu/~sungurea/introstat/history/w98/Quetelet.html
-School of Mathematics and Statistics (University of St Andrews, Scotland)
http://www-history.mcs.st-andrews.ac.uk/Mathematicians/Quetelet.html
-Quetelet.net
http://statbel.fgov.be/info/quetelet_fr.asp#1

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