Texte de la Commune de Paris 1971
La mise au secret des prisonniers politiques . Séance du 21 avril .
Rigault.-Hiers , en mon absence , vous avez déclaré que tous les membres de la Commune auraient le droit de visiter tous les détenus . D'accord en cela avec le Comité de contrôle que vous m'avez adjoint , je demande que vous reveniez sur le vote d'hier , au moins en ce qui concerne les individus au secret .
Arnould.- Des paroles du citoyen Rigault , il ressort que le secret a été maintenu . Je proteste énergiquement . Le secret est quelque chose d'immoral . Je ne comprends pas que des hommes qui ont passé toute leur vie à combattre les errements du despotisme , je ne comprends pas , dis-je , que ces mêmes hommes quand ils sont au pouvoir , s'empressent de tomber dans les mêmes fautes . De deux choses l'une : ou le secret est une chose indispensable et bonne , ou elle est odieuse . Si elle est bonne , il ne fallait pas combattre , et si elle est odieuse et immorale , nous ne devons pas maintenir .
Jourde.-Nous sommes en état de guerre : il nous faut user de procédés exceptionnels . Certainement , sous l'Empire , je blâmais le secret ; mais cependant , tout en le blâmant , je n'en reconnaissait pas moins l'utilité . Il ne faut pas faire de théorie platonique . Je voudrais toutes les libertés : liberté de la presse , liberté de réunion , liberté de transaction , liberté d'être , au grand jour , légitimiste , bonapartiste même ; mais cependant les circonstances imposent souvent des nécessités et nous devons y obéir . Je demande que le secret continue à être maintenu .
Billioray.- Je suis en principe , pour la suppression , non seulement du secret , mais de toute prison préventive .Tous ici , nous avons pu goûter du secret sous l'Empire . Nous n'avons pas a faire ici profession de libéralisme ; mais il serait étrange que nous n'ayons rien de plus pressé que de briser les armes que nous avons . Nous sommes à un poste c combat . Eh bien de choses l'une : ou vous serez vainqueurs , et vous pourrez alors abolir le secret et toutes les mesures arbitraires ; ou vous serez vaincus , pour manque de précaution , et on se servira contre vous de ce secret que vous aurez aboli ;
Vermorel.- Citoyens , je crois qu'au point de vue de la question principale , le secret ne peut être maintenu . Mais , d'un autre côté , si vous arrêtez quelqu'un au point de vue politique , il est évident que c'est un ennemi que vous arrêtez . Or , si vous supprimez le secret , comment voulez-vous retrouver ses complices ? Quand j'ai protesté contre le secret , sous l'Empire , c'est que j'étais détenu arbitrairement ; mais je ne crois pas que quelqu'un ait jamais demandé la suppression absolue du secret ; car , alors , l'instruction devient impossible .
Arnould.- Je voudrais répondre au citoyen Vermorel . Je dirai que ses arguments sont absolument les mêmes que ceux qu'on présentait en faveur de la torture . " Mais sans la torture , disaient les juges , nous ne pourrons jamais obtenir l'aveu du coupable . " On a abolie la torture et on obtenu l'aveu des accusés . Il n'y a qu'une façon juste de résoudre les questions : c'est de revenir aux principes . Il y a quelque chose de bien fâcheux ; c'est , quand on a tenu un drapeau toute sa vie , de changer la couleur de ce drapeau en arrivant au pouvoir . Il est toujours de même , dit-on dans le public . Eh ! bien , nous , républicains démocrates socialistes , nous ne devons pas nous servir des moyens dont se servaient les despotes .
Manifeste du Comité central des vingt arrondissements publié par Le Cri du Peuple du lundi 27 mars 1871
Paris par la révolution du 18 mars , par l'effort spontané et courageux de sa Garde nationale , a reconquis son autonomie , c'est-à-dire le droit d'organiser sa force publique , sa police et son administration financière .
Au lendemain de la défaite sanglante et désastreuse que la France vient de subir , comme le châtiment de soixante-dix ans d'empire , de monarchie , de réaction clérical , parlementaire , autoritaire et centralisatrice , notre patrie se relève , ressuscite , commence une vie nouvelle et reprend la tradition des anciennes communes de la Révolution française , qui lui a donné la victoire , mérité le respect et la sympathie des nations dans le passé , et qui lui donnera l'indépendance , la richesse , la gloire pacifique et l'amour des peuples dans l'avenir .
Jamais heure ne fit plus solennelle . Cette révolution , que nos pères ont commencée avec tant d'abnégation et d'héroïsme par les artisans du Moyen Age , qui a coûté la vie à tant de héros glorieux ou obscurs , va se consommer sans lutte sanglante , par la toute-puissance de la volonté populaire qui se prononcera souverainement en déposant son bulletin dans l'urne .
Pour assurer le triomphe de l'idée révolutionnaire et communale dont nous poursuivons le pacifique accomplissement , il importe d'en déterminer les principes généraux et d'en formuler le programme que vos mandataires devront réaliser et défendre .
La commune est la base de tout état politique , comme la famille est l'embryon des sociétés .
Elle doit être autonome , c'est-à-dire se gouverner et s'administrer elle-même suivant son génie particulier , ses traditions , ses besoins s exister comme personne morale conservant dans le groupe politique , national et fédéral , son entière liberté , son caractère propre , sa souveraineté complète comme l'individu au milieu de la cité .
Pour assurer le développement économique le plus large , l'indépendance et la sécurité nationale et territorial , elle peut et doit s'associer , c'est-à-dire se fédérer avec les autres communes ou association de communes qui composent la nation . Elle a , pour la décider , les affinités de race , le langage , la situation géographique , la communauté de souvenirs , de relation et d'intérêts .
L'autonomie de la commune garantit au citoyen la liberté , l'ordre à la cité , et la fédération de toutes les communes augmente , par la réciprocité , la force , la richesse , les débouchés et les ressources de chacune d'elles , en la faisant profiter des efforts de toutes .
C'est cette idée communale poursuivie depuis le XII° siècle , affirmée par la morale , le droit et la science , qui vient de triompher le 18 mers 1871 .
Elle implique , comme force politique , la République , seule compatible avec la liberté et la souveraineté populaire .
La liberté la plus complète de parler , d'écrire , de se réunir et de s'associer .
Le respect de l'individu et l'inviolabilité de sa pensée .
La souveraineté du suffrage universel restant toujours maître de lui-même , et pouvant se convoquer et se manifester incessamment .
Le principe de l'élection appliqué à tous les fonctionnaires ou magistrats .
La responsabilité des mandataires , et , par conséquent , leur révocabilité permanente .
Le mandat impératif , c'est-à-dire précisant et limitant le pouvoir et la mission du mandataire .
En ce qui concerne Paris , ce mandat peut être ainsi déterminé :
Réorganisation immédiate des districts de la cité suivant la situation industrielle et commerciale de chaque quartier .
Autonomie de la Garde nationale , formée de tous les électeurs , nommant tous ses chefs et son état-major général , conservant l'organisation civile et fédérative représentée par le Comité central , et à laquelle la Révolution du 18 mars doit son triomphe .
Suppression de la Préfecture de police . Surveillance de la cité exercée par la Garde nationale placée sous les ordres immédiats de la Commune .
Suppression , quant à Paris , de l'armée permanente , aussi dangereuse pour la liberté civique qu'onéreuse pour l'économie social .
Organisation financière qui permette à la ville de Paris de disposer entièrement et librement de son budget , sous réserve de sa part de contribuable d'après les services reçus .
Suppression de toutes subventions favorisant les cultes , les théâtres ou la presse .
Propagation de l'enseignement laïque intégral , professionnel , conciliant la liberté de conscience , les intérêts , les droits de l'enfant avec la liberté et les droits du père de famille .
Ouverture immédiate d'une vaste enquête , établissant la responsabilité incombant aux hommes publics dans les désastres qui viennent d'accabler la France ; précisant la situation financière , commerciale et industrielle de la cité , le capital et les forces dont elle dispose , les ressources dont elle jouit , et fournissant les éléments d'une liquidation générale et amiable nécessaire à l'acquittement de l'arriéré et à la reconstitution du crédit .
Organisation d'un système d'assurance communale contre les risques sociaux , y compris le chômage et la faillite .
Recherche incessante et assidue des moyens les propres à fournir au producteur le capital , l'instrument de travail , les débouchés et le crédit , afin d'en finir pour toujours avec le salariat et l'horrible paupérisme , afin d'éviter à jamais le retour des revendications sanglantes et des guerres civiles qui en sont les conséquences fatales .
Tel est le mandat que nous donnons , et que nous vous demandons , citoyens , de donner à vos élus . S'ils le remplissent comme ils doivent , avec intelligence et fidélité , Paris sera devenu par la Révolution radieuse et fraternelle du 18 mars , la cité la plus libre et la plus heureuse entre toutes les villes , non pas seulement la capitale de la France , mais la capital du monde .
C'est à vous , citoyens , à consommer pacifiquement avec la fierté et le calme de la souveraineté , l'acte qui sera peut-être le plus grand que doive voir le siècle et qu'aura vu l'histoire , en allant déposer dans l'urne le bulletin de vote qui affirmera votre capacité , votre idéal , votre force .
Pour , et par délégation du Comité des vingt arrondissements :
PIERRE DENIS , DUPAS , LEFRANCAIS , EDOURD ROULLIER , JULES VALLES .
Rigault.-Hiers , en mon absence , vous avez déclaré que tous les membres de la Commune auraient le droit de visiter tous les détenus . D'accord en cela avec le Comité de contrôle que vous m'avez adjoint , je demande que vous reveniez sur le vote d'hier , au moins en ce qui concerne les individus au secret .
Arnould.- Des paroles du citoyen Rigault , il ressort que le secret a été maintenu . Je proteste énergiquement . Le secret est quelque chose d'immoral . Je ne comprends pas que des hommes qui ont passé toute leur vie à combattre les errements du despotisme , je ne comprends pas , dis-je , que ces mêmes hommes quand ils sont au pouvoir , s'empressent de tomber dans les mêmes fautes . De deux choses l'une : ou le secret est une chose indispensable et bonne , ou elle est odieuse . Si elle est bonne , il ne fallait pas combattre , et si elle est odieuse et immorale , nous ne devons pas maintenir .
Jourde.-Nous sommes en état de guerre : il nous faut user de procédés exceptionnels . Certainement , sous l'Empire , je blâmais le secret ; mais cependant , tout en le blâmant , je n'en reconnaissait pas moins l'utilité . Il ne faut pas faire de théorie platonique . Je voudrais toutes les libertés : liberté de la presse , liberté de réunion , liberté de transaction , liberté d'être , au grand jour , légitimiste , bonapartiste même ; mais cependant les circonstances imposent souvent des nécessités et nous devons y obéir . Je demande que le secret continue à être maintenu .
Billioray.- Je suis en principe , pour la suppression , non seulement du secret , mais de toute prison préventive .Tous ici , nous avons pu goûter du secret sous l'Empire . Nous n'avons pas a faire ici profession de libéralisme ; mais il serait étrange que nous n'ayons rien de plus pressé que de briser les armes que nous avons . Nous sommes à un poste c combat . Eh bien de choses l'une : ou vous serez vainqueurs , et vous pourrez alors abolir le secret et toutes les mesures arbitraires ; ou vous serez vaincus , pour manque de précaution , et on se servira contre vous de ce secret que vous aurez aboli ;
Vermorel.- Citoyens , je crois qu'au point de vue de la question principale , le secret ne peut être maintenu . Mais , d'un autre côté , si vous arrêtez quelqu'un au point de vue politique , il est évident que c'est un ennemi que vous arrêtez . Or , si vous supprimez le secret , comment voulez-vous retrouver ses complices ? Quand j'ai protesté contre le secret , sous l'Empire , c'est que j'étais détenu arbitrairement ; mais je ne crois pas que quelqu'un ait jamais demandé la suppression absolue du secret ; car , alors , l'instruction devient impossible .
Arnould.- Je voudrais répondre au citoyen Vermorel . Je dirai que ses arguments sont absolument les mêmes que ceux qu'on présentait en faveur de la torture . " Mais sans la torture , disaient les juges , nous ne pourrons jamais obtenir l'aveu du coupable . " On a abolie la torture et on obtenu l'aveu des accusés . Il n'y a qu'une façon juste de résoudre les questions : c'est de revenir aux principes . Il y a quelque chose de bien fâcheux ; c'est , quand on a tenu un drapeau toute sa vie , de changer la couleur de ce drapeau en arrivant au pouvoir . Il est toujours de même , dit-on dans le public . Eh ! bien , nous , républicains démocrates socialistes , nous ne devons pas nous servir des moyens dont se servaient les despotes .
Manifeste du Comité central des vingt arrondissements publié par Le Cri du Peuple du lundi 27 mars 1871
Paris par la révolution du 18 mars , par l'effort spontané et courageux de sa Garde nationale , a reconquis son autonomie , c'est-à-dire le droit d'organiser sa force publique , sa police et son administration financière .
Au lendemain de la défaite sanglante et désastreuse que la France vient de subir , comme le châtiment de soixante-dix ans d'empire , de monarchie , de réaction clérical , parlementaire , autoritaire et centralisatrice , notre patrie se relève , ressuscite , commence une vie nouvelle et reprend la tradition des anciennes communes de la Révolution française , qui lui a donné la victoire , mérité le respect et la sympathie des nations dans le passé , et qui lui donnera l'indépendance , la richesse , la gloire pacifique et l'amour des peuples dans l'avenir .
Jamais heure ne fit plus solennelle . Cette révolution , que nos pères ont commencée avec tant d'abnégation et d'héroïsme par les artisans du Moyen Age , qui a coûté la vie à tant de héros glorieux ou obscurs , va se consommer sans lutte sanglante , par la toute-puissance de la volonté populaire qui se prononcera souverainement en déposant son bulletin dans l'urne .
Pour assurer le triomphe de l'idée révolutionnaire et communale dont nous poursuivons le pacifique accomplissement , il importe d'en déterminer les principes généraux et d'en formuler le programme que vos mandataires devront réaliser et défendre .
La commune est la base de tout état politique , comme la famille est l'embryon des sociétés .
Elle doit être autonome , c'est-à-dire se gouverner et s'administrer elle-même suivant son génie particulier , ses traditions , ses besoins s exister comme personne morale conservant dans le groupe politique , national et fédéral , son entière liberté , son caractère propre , sa souveraineté complète comme l'individu au milieu de la cité .
Pour assurer le développement économique le plus large , l'indépendance et la sécurité nationale et territorial , elle peut et doit s'associer , c'est-à-dire se fédérer avec les autres communes ou association de communes qui composent la nation . Elle a , pour la décider , les affinités de race , le langage , la situation géographique , la communauté de souvenirs , de relation et d'intérêts .
L'autonomie de la commune garantit au citoyen la liberté , l'ordre à la cité , et la fédération de toutes les communes augmente , par la réciprocité , la force , la richesse , les débouchés et les ressources de chacune d'elles , en la faisant profiter des efforts de toutes .
C'est cette idée communale poursuivie depuis le XII° siècle , affirmée par la morale , le droit et la science , qui vient de triompher le 18 mers 1871 .
Elle implique , comme force politique , la République , seule compatible avec la liberté et la souveraineté populaire .
La liberté la plus complète de parler , d'écrire , de se réunir et de s'associer .
Le respect de l'individu et l'inviolabilité de sa pensée .
La souveraineté du suffrage universel restant toujours maître de lui-même , et pouvant se convoquer et se manifester incessamment .
Le principe de l'élection appliqué à tous les fonctionnaires ou magistrats .
La responsabilité des mandataires , et , par conséquent , leur révocabilité permanente .
Le mandat impératif , c'est-à-dire précisant et limitant le pouvoir et la mission du mandataire .
En ce qui concerne Paris , ce mandat peut être ainsi déterminé :
Réorganisation immédiate des districts de la cité suivant la situation industrielle et commerciale de chaque quartier .
Autonomie de la Garde nationale , formée de tous les électeurs , nommant tous ses chefs et son état-major général , conservant l'organisation civile et fédérative représentée par le Comité central , et à laquelle la Révolution du 18 mars doit son triomphe .
Suppression de la Préfecture de police . Surveillance de la cité exercée par la Garde nationale placée sous les ordres immédiats de la Commune .
Suppression , quant à Paris , de l'armée permanente , aussi dangereuse pour la liberté civique qu'onéreuse pour l'économie social .
Organisation financière qui permette à la ville de Paris de disposer entièrement et librement de son budget , sous réserve de sa part de contribuable d'après les services reçus .
Suppression de toutes subventions favorisant les cultes , les théâtres ou la presse .
Propagation de l'enseignement laïque intégral , professionnel , conciliant la liberté de conscience , les intérêts , les droits de l'enfant avec la liberté et les droits du père de famille .
Ouverture immédiate d'une vaste enquête , établissant la responsabilité incombant aux hommes publics dans les désastres qui viennent d'accabler la France ; précisant la situation financière , commerciale et industrielle de la cité , le capital et les forces dont elle dispose , les ressources dont elle jouit , et fournissant les éléments d'une liquidation générale et amiable nécessaire à l'acquittement de l'arriéré et à la reconstitution du crédit .
Organisation d'un système d'assurance communale contre les risques sociaux , y compris le chômage et la faillite .
Recherche incessante et assidue des moyens les propres à fournir au producteur le capital , l'instrument de travail , les débouchés et le crédit , afin d'en finir pour toujours avec le salariat et l'horrible paupérisme , afin d'éviter à jamais le retour des revendications sanglantes et des guerres civiles qui en sont les conséquences fatales .
Tel est le mandat que nous donnons , et que nous vous demandons , citoyens , de donner à vos élus . S'ils le remplissent comme ils doivent , avec intelligence et fidélité , Paris sera devenu par la Révolution radieuse et fraternelle du 18 mars , la cité la plus libre et la plus heureuse entre toutes les villes , non pas seulement la capitale de la France , mais la capital du monde .
C'est à vous , citoyens , à consommer pacifiquement avec la fierté et le calme de la souveraineté , l'acte qui sera peut-être le plus grand que doive voir le siècle et qu'aura vu l'histoire , en allant déposer dans l'urne le bulletin de vote qui affirmera votre capacité , votre idéal , votre force .
Pour , et par délégation du Comité des vingt arrondissements :
PIERRE DENIS , DUPAS , LEFRANCAIS , EDOURD ROULLIER , JULES VALLES .
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